Édito : Le palais et les impayés

Il y a des semaines où l’actualité écrit elle-même l’éditorial. Cette semaine à Brazzaville, deux nouvelles sont tombées à un jour d’intervalle, et il suffit de les poser côte à côte.

Le 18 août, le Conseil des ministres validait le principe d’un nouveau Palais présidentiel, intégralement financé par un don.

Le 20 août, les maires du pays venaient dire au président du Sénat que leurs agents attendent leur salaire depuis des mois; douze à Brazzaville, et jusqu’à cent douze à Mossendjo. Cent douze mois. Neuf ans et quelques.

Personne ne prétendra qu’un don finançant un palais aurait « dû » payer ces salaires : ce ne sont pas les mêmes lignes budgétaires, pas les mêmes bailleurs.

L’argument est réel, et il faut le reconnaître pour ne pas tricher. Mais gouverner, c’est aussi une affaire de hiérarchie des signaux. Quand un État accepte avec empressement une résidence présidentielle offerte pendant que ses propres communes ne paient plus leurs employés, il dit quelque chose de ses priorités, qu’il le veuille ou non.

Le pouvoir a un récit, et ce récit n’est pas absurde : la dette est passée de 111 % du PIB en 2020 à 92 % en 2025, la croissance est annoncée à près de 7 % pour 2027, le désendettement est présenté comme la grande affaire du quinquennat « Accélération ».

Soit. Mais 92 % de dette, cela reste un pays sous perfusion pétrolière, et c’est bien pour cela que le Parlement a été réuni en urgence cette semaine; non pour les salaires impayés, mais pour ratifier quatre avenants pétroliers, dont certains signés il y a près de deux ans. L’urgence, dans ce pays, sait où se porter.

C’est là que le « livre blanc » de l’ARD de Mathias Dzon, publié le 22 août, trouve sa prise.

On peut contester son ton, sa méthode, son choix d’un éditeur en ligne. On peut rappeler que l’opposition congolaise, dispersée, n’a pas su peser dans les urnes en mars. Mais quand un parti d’opposition parle de « familiarisation du pouvoir » et de finances publiques mal tenues, il n’a plus besoin de forcer le trait : il lui suffit de citer les bulletins de paie qui n’arrivent pas.

La vraie question n’est pas de savoir si Brazzaville sait construire. Elle sait, et les tours et palais en témoignent.

La question est de savoir si un État se juge à ses inaugurations ou à sa capacité à payer, chaque mois, ceux qui le font tourner. Tant que la réponse restera à Mossendjo, aucun palais neuf ne comblera l’écart.

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