Édito : La dette avant les blouses ?
Il y a des semaines où deux nouvelles, mises côte à côte, en disent plus long qu’un rapport entier. À Brazzaville, ces jours-ci, l’État a rappelé qu’il avait déjà consacré près de 1 490 milliards de FCFA au service de sa dette depuis le début de l’année. Le même État, au même moment, écoutait des syndicalistes de la santé lui réclamer, comme condition minimale à la fin d’un mois de grève, le paiement de deux mois de salaires. Deux chiffres, une même caisse : celle de la République.
Que l’on soit clair. Payer sa dette n’est pas une faute, c’est une obligation. Un pays qui cesse d’honorer ses créanciers se ferme l’accès au crédit, fâche le FMI et hypothèque son avenir. Les 759 milliards du premier trimestre et les 730 du deuxième ont sans doute évité des défauts coûteux. Sur ce plan, la discipline affichée par le quinquennat « Accélération » mérite d’être reconnue plutôt que caricaturée.
Mais la politique n’est pas qu’une affaire de tableaux comptables. Elle est aussi affaire de hiérarchie des urgences, et cette hiérarchie parle. Quand un gouvernement trouve, trimestre après trimestre, de quoi régler des traders et des créanciers étrangers, mais laisse des soignants attendre un mois avant de discuter sérieusement de deux mois d’arriérés de salaire, il envoie un message. Ce message, les Congolais l’entendent : l’engagement pris envers un prêteur pèse plus lourd, dans la pratique, que celui pris envers une infirmière.
On nous objectera que les lignes budgétaires ne sont pas fongibles, que le service de la dette et la masse salariale n’obéissent pas aux mêmes mécanismes. C’est exact, et il faut le dire pour rester honnête. Mais cette technicité n’efface pas la question de fond : à quoi sert un excédent de rigueur envers les marchés s’il s’accompagne d’un déficit de rigueur envers l’hôpital public ?
Le Congo dispose pourtant des arguments pour faire mieux. Le pétrole rapporte, la dette est activement gérée, le Parlement légifère l’adoption d’une loi sur la santé sexuelle et reproductive, cette semaine, le prouve. Reste à transformer cette capacité d’action en résultats sur le terrain, là où le citoyen mesure l’État : à l’accueil des urgences, pas seulement dans les colonnes de la Caisse d’amortissement.
L’« Accélération » ne sera crédible que le jour où elle profitera d’abord à ceux qui soignent, enseignent et servent. Sinon, elle restera ce qu’elle risque de devenir : une vitesse pour les créanciers, une file d’attente pour les citoyens.



