Édito : Le ciel et le chevet
On peut trouver noble qu’un chef d’État parle de souveraineté technologique. La souveraineté, c’est vrai, se joue aussi dans le ciel. Mais elle se mesure d’abord au chevet des malades. Un État qui aspire aux satellites mais n’honore pas la paie de ses médecins n’affirme pas sa puissance : il révèle sa hiérarchie des priorités. Et cette hiérarchie, le pouvoir peine à la justifier.
Le plus éclairant n’est pas la grève elle-même le Congo en connaît de récurrentes mais l’aveu qui l’accompagne. Devant les députés, le ministre des Finances n’a pas contesté la légitimité des arriérés ; il a invoqué des « difficultés économiques » qui dépassent la santé. Traduction : les caisses sont tendues. Dans un pays dont les recettes restent suspendues au baril et dont la dette encadre chaque arbitrage, le récit du quinquennat « Accélération » se heurte à un mur d’arithmétique. On n’accélère pas avec un moteur qui manque de carburant budgétaire.
Soyons justes : rien ne prouve que le gouvernement soit indifférent, et la promesse a été faite de suivre le dossier « en permanence ». Mais gouverner, ce n’est pas suivre ; c’est trancher. Si l’État trouve les moyens de projeter une ambition spatiale, la question n’est pas s’il peut payer ses soignants, mais pourquoi il ne l’a pas encore fait.
Pendant ce temps, l’opposition, elle, se cherche. L’UPADS parle de « reconquête » pour 2027, mais un parti qui a boycotté la présidentielle et repart du sous-sol devra prouver autre chose que des communiqués. La vérité, un peu cruelle, c’est que la contestation la plus crédible aujourd’hui ne vient pas des partis : elle vient des blouses blanches. Le pouvoir ferait bien de les entendre avant que le silence des couloirs d’hôpital ne devienne, lui aussi, un vote.




