Édito : L’État qui court après le brut et traîne les salaires
En moins d’une semaine, le Parlement congolais a fait ce qu’il sait faire le mieux : voter, vite et bien, ce qui touche au pétrole. Quatre avenants à des contrats de partage de production, examinés en procédure d’urgence, adoptés les 25 et 26 août par les deux chambres réunies en session extraordinaire.
Quand le brut appelle, l’appareil d’État répond au garde-à-vous. Personne ne s’en plaindra : les recettes pétrolières font vivre le budget. Mais qu’on mesure la vitesse.
Car six jours plus tôt, dans le même Parlement, une délégation des maires du Congo déroulait devant le président du Sénat un chapelet de chiffres que l’on n’ose pas relire à voix haute. Douze mois d’arriérés de salaires à Brazzaville. Huit à Pointe-Noire. Soixante-seize à Nkayi et Dolisie. Quatre-vingt-deux à Ouesso. Cent douze mois à Mossendjo; soit plus de neuf ans.
Des agents municipaux qui, quelque part dans la Niari, travaillent depuis près d’une décennie sans être payés régulièrement. Ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est un mode de fonctionnement.
Voilà l’« Accélération de la marche vers le développement », slogan du quinquennat, ramenée à sa vérité arithmétique : on accélère là où l’argent entre, on traîne là où il devrait sortir vers les gens.
Le même État qui trouve l’urgence pour ratifier des permis avec des sociétés chinoises ne la trouve pas pour honorer les fiches de paie de ses propres communes.
Le 27 août, l’éditorial officiel des Dépêches de Brazzaville exhortait les cadres fraîchement nommés au « dévouement au travail », à bannir « le népotisme » et « l’égocentrisme ».
Le conseil est juste. Il serait plus crédible si l’employeur public montrait, lui, le même dévouement à payer ceux qui travaillent déjà. On ne bâtit pas la confiance dans le service public en prêchant la vertu aux nouveaux venus tout en laissant les anciens attendre leur salaire pendant des années.
La dette est lourde, le FMI surveille les comptes, la rente pétrolière se contracte : les contraintes sont réelles, et il faut les dire. Mais précisément parce que les marges sont étroites, les priorités deviennent le vrai discours politique. Ratifier des avenants pétroliers en urgence tout en tolérant cent douze mois d’arriérés, ce n’est pas une fatalité budgétaire.
C’est un choix. Et un pays se juge, aussi, à l’ordre dans lequel il paie ses factures.




