Agriculture : 66 ans après l’indépendance — Diagnostic correct, mais des solutions productives en attente
Pas de contexte caniculaire au Congo-Brazzaville après la fête de l’indépendance pour le 66e anniversaire, mais force est de constater que la sécheresse touche l’agriculture congolaise en termes de production et de rendement depuis de nombreuses années. Les discours pour une agriculture nourricière et exportatrice sont tenus par les dirigeants politiques. Le PND (Plan national de développement) 2022-2026 du président Sassou insiste sur la nécessité de développer l’agriculture. Dans les faits, rien de très concret, si ce n’est que quelques résultats à la marge dans les zones agricoles protégées concernant le maïs ou le manioc.
Les dirigeants politiques congolais ont fait un diagnostic correct des insuffisances de l’agriculture, mais la volonté politique et les compétences techniques liées à la mécanisation et à l’utilisation idoine du capital humain (manquant) sont des freins pour un développement continu de l’agriculture au Congo.
La question devient alors urgente : comment passer d’une économie principalement fondée sur le pétrole, le gaz et les minerais à une économie au sein de laquelle l’agriculture devient productive, voire exportatrice à long terme ? Nous sommes là au cœur d’une errance politique depuis de nombreuses années. La diversification de l’économie affichée dans tous les discours, le développement de l’agriculture comme modèle complémentaire de l’économie pétrolière demeurent un chantier inachevé.
Les raisons depuis 66 ans sont connues : les discours pompeux, l’incompétence technique et la valorisation toujours permanente de l’économie de rente grâce au pétrole.
1. Pourquoi le modèle dit socialiste de production a été un frein au développement de l’agriculture
Après les gouvernements Massamba-Débat, Ngouabi et Sassou, les modèles politiques de production des biens au Congo ont été essentiellement influencés par un socialisme dit bantou et scientifique ensuite. Ces deux socialismes mal digérés et mal compris, car uniquement idéologiques, ont fait croire aux dirigeants politiques du Congo qu’il suffisait de créer des industries ou des coopératives pour augmenter la production dans l’industrie et dans l’agriculture.
Cette insuffisance théorique tragique traverse depuis maintenant 66 ans le logiciel intellectuel des dirigeants congolais, même si, à partir de la Conférence nationale de 1991 à nos jours, le Congo, sans le dire, réoriente son économie vers un modèle libéral dans lequel le marché et les investissements privés dominent.
Les populations ne le savent pas et n’en sont pas informées, d’où leur étonnement lorsque le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, annonce que la fonction publique ne peut plus recruter la majeure partie des Congolais. Le président Sassou, que j’ai qualifié d’antonomase, car il s’identifie depuis plus de 40 ans au Congo, demande à une partie de la population active, surtout la jeunesse, d’entreprendre.
Entreprendre dans quels secteurs ? Comment ? Rien n’est défini et l’agriculture comme secteur d’avenir n’est pas prise en compte par le chef de l’État quand il oriente les jeunes entrepreneurs vers une activité nouvelle.
Les raisons de cette absence d’orientation sont multiples : il n’y a pas au Congo de spécialistes compétents sachant travailler les terres argileuses, sablonneuses ou sèches, qui nécessitent une compétence réelle pour une maîtrise de la production à grande échelle.
Le défaut de mécanisation et d’utilisation des techniques modernes pour une agriculture à grande échelle condamne le secteur de l’agriculture à être un secteur potentiellement fort en termes de résultats, mais pour l’instant faible quand on analyse l’apport de l’agriculture dans le PIB (9,4 %).
2. Recommandations pour une agriculture prospère
L’agriculture représente 9,4 % du PIB ; sa part dans l’emploi est de 30 à 35 %. Paradoxalement, ces emplois sont très peu qualifiés et appartiennent davantage à l’économie informelle. L’emploi dans l’agriculture pèse peu et les rendements sont très faibles.
Ces statistiques de la Banque mondiale et de la BAD montrent que tout est à faire dans un pays où le pétrole occupe une part importante pour sa contribution aux dépenses, aux recettes d’exportation et au paiement d’une partie du service de la dette.
Au Congo, les autorités doivent résoudre un paradoxe : comment et pourquoi seulement 4 % des terres sont-elles exploitées dans un pays qui compte 10 millions d’hectares de terres arables ?
Les insuffisances agricoles obligent le pays à importer entre 700 et 800 milliards de francs CFA de nourriture par an. L’abandon de l’agriculture est un choix délibéré au-delà des discours. Le Congo gagne de l’argent avec le pétrole, mais n’investit pas assez pour créer des industries et des services agricoles qui tiennent la route.
Que faire ? Il faut organiser une diversification embryonnaire en apportant des réponses concrètes aux coûts de production explosifs liés à l’absence d’une main-d’œuvre compétente.
Une réflexion précise avec des spécialistes nécessite la mise en place d’un nouveau modèle qui peut faire appel à des agriculteurs venant du reste du monde (Asie, Afrique, Europe, États-Unis) qui, depuis fort longtemps, ont su développer des expertises significatives dans le travail de la terre.
Si on veut construire une agriculture efficace au Congo, il faut résoudre deux problèmes : celui de l’électricité pour la conservation de certains produits et celui du financement par des partenariats public-privé, car le Congo est dorénavant inscrit dans un modèle libéral et d’économie de marché au sein duquel l’État doit jouer son rôle de régulateur.
La lecture du PND 2022-2026 valorise la création des ZAP (zones agricoles protégées). Dix ont été créées dans la Cuvette, la Bouenza et les Plateaux. Ce choix est louable, mais il est insuffisant, même si les objectifs de rendement et de financement ont été fléchés grâce au concours de la BAD et des États-Unis.
Beaucoup reste encore à faire pour transformer l’agriculture au Congo et pour faire de l’agriculture un objet de discours minimal pour un objectif de rentabilité maximal.
Conclusion
La diversification échoue au Congo moins par manque de diagnostic que par manque de volonté politique. L’agriculture est une des activités du secteur primaire qui est confrontée à de nombreux problèmes que nous avons identifiés.
Il reste aux autorités congolaises à mener une analyse macro et microéconomique portant sur les facteurs bloquants qui freinent le développement de l’agriculture.
Des solutions existent et elles ont été listées dans ce texte : connaissance des terrains, intervention des spécialistes, utilisation scientifique des semences, électrification autour des zones de culture, création de coopératives dynamiques, accroissement de l’investissement dans le budget, apport du capital humain étranger capable d’aider les Congolais à mieux sélectionner les sols et les cultures, financement et création de lieux de stockage, partenariat public-privé, organisation d’une filière agricole et logistique.
Voici une somme de constats et de solutions possibles pour éviter à l’agriculture congolaise de sombrer dans une sécheresse infinie alors que la canicule existe de façon marginale dans un pays où les forêts couvrent 70 % du territoire.



