Édito : Makotimpoko, ou la frontière qu’on préfère ne pas voir

Il y a des incidents qu’un État aimerait réduire à un « malheureux malentendu ». Celui de Makotimpoko n’en est pas un.

Dans la nuit du 26 au 27 août, des militaires de la RDC ont traversé le fleuve, opéré sur la rive congolaise et emmené à Yumbi des agents congolais en service. Les mots ont un sens : quand des hommes en armes franchissent une frontière pour capturer les gardiens de l’autre rive, on n’est plus dans l’anecdote de voisinage, on est dans la violation de souveraineté.

Brazzaville a bien fait de choisir l’apaisement. La retenue diplomatique vaut mieux que la surenchère nationaliste qui s’est déchaînée sur les réseaux sociaux des deux côtés du fleuve. Mais l’apaisement ne doit pas devenir un synonyme d’oubli. Car derrière l’accrochage, il y a un bilan humain lourd et incertain des agents congolais capturés, d’autres portés disparus, un adolescent mort côté congolais RDC, et une question que le pouvoir élude depuis trop longtemps : qui protège réellement la rive droite ?

Le paradoxe est cruel. Le pays vient de rouvrir sa session parlementaire pour approuver, en urgence, des avenants pétroliers avec des sociétés étrangères. Il trouve le temps de décorer, d’introniser des préfets, de célébrer une « rentrée » dont la presse officielle vante l’énergie. Mais lorsqu’une patrouille est enlevée sur son propre territoire, l’État répond en creux, par communiqués, pendant que le chef de l’État achève ses vacances turques. On ne reproche pas à un président de se reposer. On attend d’un État qu’il soit également présent quand la frontière saigne et quand le brut se signe.

C’est tout l’enjeu du mandat de l’« accélération ». Accélérer quoi, et pour qui ? La diversification promise depuis des années tarde ; la dette et la dépendance pétrolière commandent toujours l’agenda ; et voilà que la sécurité aux confins vient rappeler que la souveraineté ne se décrète pas dans les discours du 15 août, elle se prouve sur le terrain. Makotimpoko n’est pas qu’un fait divers militaire. C’est un révélateur. Il dit ce que vaut, concrètement, la protection due au citoyen congolais du bout du pays — celui qui pêche, patrouille ou vit là où l’État n’est le plus souvent qu’une idée lointaine. Que la lumière soit faite sur le sort des disparus. Le reste, les hommages et les avenants, peut attendre.

Restez informé avec Afrikili

Inscrivez-vous pour recevoir nos éditos, débats et analyses directement dans votre boîte mail.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Partagez

Laissez votre commentaire, sans injures. Merci !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *