Édito : Makotimpoko, ou l’aveu poli d’une frontière mal gardée
Le gouvernement a pourtant bien joué la partition de la maîtrise. Réunion interministérielle d’urgence, visite du Premier ministre au chevet des blessés, communiqué conjoint des deux ministres des Affaires étrangères, auditions parlementaires. Devant les députés, le ministre de la Défense a condamné des « images humiliantes », brandi des textes coloniaux de 1908 pour rappeler que les îles contestées sont congolaises, et assuré que le chef de l’État suivait personnellement le dossier. La commission a félicité l’exécutif pour sa « sagesse ». Tout, dans la mise en scène, disait : l’État tient la barre.
Sauf qu’un détail, glissé sans être vraiment assumé, contredit la démonstration. Le pouvoir reconnaît que le Congo est « souvent victime » de tels incidents et qu’il faut « renforcer » les effectifs et les moyens des gardes-frontières. On ne réclame pas des renforts là où l’on est fort. Cet aveu, poli, vaut diagnostic : la souveraineté territoriale s’affirme dans les communiqués mieux qu’elle ne se défend sur le fleuve. Invoquer des cartes de 1908 pour établir un droit ne remplace pas des patrouilles équipées et une chaîne de commandement réactive en 2026.
Reste la question que les félicitations parlementaires ont soigneusement contournée. Les députés ont demandé que les auteurs soient identifiés et sanctionnés : par qui, comment, dans quel délai ? Sans réponse, la « sagesse » saluée ce mardi ressemblera surtout à une gestion de crise réussie sur le plan de la communication, et inachevée sur celui de la sécurité. Le bon voisinage avec Kinshasa est une nécessité, pas une naïveté ; il se construit entre États capables de tenir leurs frontières, pas entre un voisin qui franchit et un autre qui encaisse. La vraie mesure du sérieux ne sera pas dans le prochain communiqué d’apaisement, mais dans le prochain incident : évité, ou de nouveau subi.






