Édito Le ciel et le bulletin de salaire
Il y a quelque chose de vertigineux à observer un pays regarder les étoiles pendant que ses soignants attendent leur paie. À Paris, cette semaine, Denis Sassou NGuesso a défendu une belle idée : que l’Afrique cesse de « regarder le ciel depuis la terre », qu’elle bâtisse sa souveraineté technologique, qu’elle accueille à Brazzaville un observatoire spatial pour surveiller le Bassin du Congo. Le propos est juste. La dépendance technologique est bel et bien une vulnérabilité, et il n’y a aucune raison que le continent en soit durablement exclu.
Mais un discours se juge à l’aune de ce qu’il tait autant que de ce qu’il proclame. Pendant que le chef de l’État parlait satellites à Paris, les hôpitaux publics congolais entraient dans leur deuxième mois de grève. La revendication centrale des syndicats n’a rien de spatial : le paiement de deux mois de salaires. On mesure là toute la distance entre l’ambition affichée et le quotidien administré. La souveraineté technologique est un horizon ; verser leur dû aux agents de santé est une obligation présente.
Que l’on s’entende : l’un n’interdit pas l’autre, et il serait démagogique de prétendre qu’un État doit renoncer à toute vision d’avenir tant qu’un arriéré n’est pas soldé. Le vrai reproche est ailleurs. Il porte sur la hiérarchie des priorités et sur la crédibilité. Comment un pouvoir peut-il promettre de mettre « la puissance des satellites au service du vivant » quand il peine à faire fonctionner le service le plus élémentaire du vivant, celui qui soigne ? La grandeur diplomatique perd de sa substance quand elle ne se traduit pas, à domicile, par la tenue des engagements les plus concrets.
L’opposition, elle, l’a compris. En ouvrant sa session, l’UPADS a planté le décor d’un pays traversé par des « crises sociales, économiques, financières ». Le mot est peut-être intéressé un parti qui prépare 2027 a tout intérêt à noircir le tableau mais il colle, pour une fois, à une réalité vérifiable. C’est là le paradoxe d’un régime qui rafle 94 % des voix : plus la victoire électorale est écrasante, plus la responsabilité des résultats devient totale. On ne peut pas revendiquer tout le pouvoir et n’en assumer qu’une partie des devoirs.



