Édito : Brazzaville inaugure, mais ne paie pas ses soignants
Il y a quelque chose de troublant dans le Congo de cette rentrée. D’un côté, un pouvoir qui coupe des rubans : un hôpital de référence livré à Ollombo, un parc industriel enfin raccordé au réseau électrique à Maloukou, six avenants pétroliers votés en urgence par un Parlement convoqué en pleine trêve estivale. De l’autre, des médecins, infirmiers et aides-soignants du service public qui, pendant plus d’un mois, ont croisé les bras dans les hôpitaux non pour un caprice, mais parce qu’ils réclamaient deux mois de salaire impayés.
Le 7 septembre, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a fini par recevoir les syndicats et prendre des engagements. Tant mieux : chaque jour de grève dans un hôpital public se compte en vies. Mais il faut nommer les choses. Qu’un État producteur de pétrole, qui vote sans trembler des contrats de partage de production et multiplie les chantiers photogéniques, laisse ses soignants un mois sans traitement, ce n’est pas un incident de gestion. C’est un choix, ou à tout le moins une hiérarchie de priorités.
Le discours officiel parle d’« Accélération ». Soit. Mais accélérer vers quoi, si le socle payer ceux qui soignent n’est pas tenu ? La vérité budgétaire est connue et le gouvernement ne l’ignore pas : la dépendance au brut, le poids de la dette, les engagements pris devant le FMI enserrent la trésorerie de l’État. Précisément pour cela, l’arbitrage compte. On peut comprendre qu’un pays sous contrainte diffère un investissement. On comprend mal qu’il diffère les salaires de son hôpital public, quand l’argent du pétrole, lui, trouve toujours le chemin des grands projets.
Il ne s’agit pas de nier ce qui avance. Un hôpital neuf à Ollombo, c’est réel et utile. Mais un hôpital sans personnel payé n’est qu’un bâtiment. La crédibilité d’un quinquennat ne se mesure pas au nombre d’inaugurations ; elle se mesure à la régularité, invisible et ingrate, avec laquelle un État honore ses obligations les plus élémentaires envers ses agents.
Reste une inconnue, et elle est de taille : les engagements du 7 septembre seront-ils tenus, et selon quel calendrier ? Le gouvernement a promis. Sur ce dossier, la parole ne vaudra que par les virements. À suivre, salaire après salaire.



