Édito : L’urgence, cet art de gouverner sans être vu

Il y a des mots qui trahissent un système. « Urgence », par exemple. Depuis le 20 août, les députés et sénateurs congolais planchent, chronomètre en main, sur quatre avenants pétroliers que le gouvernement leur demande d’adopter en quinze jours. Quatre contrats qui touchent au cœur de la rente nationale; la SNPC, des opérateurs étrangers, l’ajustement discret de ce que l’on nomme pudiquement le « mécanisme du prix haut ».

Autrement dit : qui empoche quoi, quand le baril grimpe.

On voudrait croire à la seule bonne gestion. Le premier vice-président de l’Assemblée, Léon Alfred Opimbat, a d’ailleurs eu cette phrase que l’on aimerait graver au fronton de l’hémicycle : « l’urgence de la procédure ne doit jamais être confondue avec la précipitation ». Belle formule.

Reste à savoir si elle décrit une méthode ou si elle sert d’alibi. Car dans un pays où le pétrole finance presque tout, où la dette pèse sur chaque budget et où le FMI surveille les comptes, expédier en deux semaines la renégociation de contrats stratégiques n’est pas un détail de calendrier. C’est un choix politique.

Le calendrier, justement. Pendant que le Parlement délibère, le président Denis Sassou NGuesso passe ses vacances à Antalya, en Turquie, parti le 19 août pour une quinzaine de jours. Rien d’illégal, rien de scandaleux en soi : un chef d’État a droit au repos. Mais l’image reste : l’exécutif fixe l’ordre du jour, impose le tempo, puis s’éloigne le temps que la majorité PCT fasse le travail. L’opposition, elle, regarde de l’extérieur l’ARD de Mathias Dzon n’a pas un seul siège pour poser une question.

Soyons justes : nul ne peut affirmer aujourd’hui que ces avenants bradent l’intérêt national. Les textes n’ont pas été rendus publics dans le détail, et c’est précisément le problème. La transparence ne se décrète pas dans un discours, elle se prouve par des documents.

Le Congo a signé le code des hydrocarbures, adhéré aux principes de bonne gouvernance extractive ; il serait cohérent que ces quatre avenants soient publiés, chiffrés, débattus au grand jour, et pas seulement approuvés à la hâte avant la rentrée.

L’accélération vers le développement, promesse centrale de ce nouveau mandat, ne se mesurera pas au nombre de lois votées en urgence. Elle se mesurera à la capacité de l’État à prouver, contrat après contrat, qu’il défend le peuple avant les opérateurs. Sur ce dossier pétrolier, le doute reste permis. À l’exécutif de le lever.

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