Monsieur le Ministre, je partage votre diagnostic, pas votre espérance
Monsieur le Ministre, votre texte du 27 septembre dit tout haut ce que beaucoup de Congolais pensent tout bas. Le mal n’est pas dans la Constitution, il est dans la gouvernance.
Un poste de plus au sommet ne remplira pas les robinets. Et réviser la loi fondamentale entre quatre murs, sans le peuple, serait un passage en force. Sur tout cela, je signe des deux mains. Là où je vous quitte, c’est sur la fin : l’idée qu’un dialogue sincère et inclusif puisse encore sortir de ce pouvoir. J’aimerais avoir votre optimisme. Les faits ne me le permettent pas.
Vous écrivez qu’aucune autorité n’a jamais évoqué une révision. C’est exact au sens strict. Mais relisez-vous : vous décrivez la révision par le Congrès, la vice-présidence et le précédent de Malabo. On ne dessine pas avec autant de précision le plan d’une rumeur sans fondement. Vous connaissez les couloirs de ce pouvoir, et votre texte montre que vous y entendez la même chose que les taxis de Brazzaville. En 2015, d’ailleurs, le silence officiel a duré jusqu’au jour où il n’a plus servi à rien.
Vous craignez le Congrès. Vous avez raison, parce que la route est déjà tracée.
L’article 241 de la Constitution de 2015 permet de la réviser sans référendum, par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois quarts. Ce mécanisme a déjà fonctionné en décembre 2021, pour l’article 242 sur l’état d’urgence sanitaire. Le PCT détient à lui seul 111 des 151 sièges de l’Assemblée nationale, et ses alliés font le reste. Le peuple dont vous défendez la souveraineté n’est pas un obstacle dans cette procédure. Il n’y figure même pas.
Vous en appelez à un dialogue « ouvert, sincère et inclusif ». Nous en avons déjà eu un. C’était à Sibiti en juillet 2015, et c’est de là qu’est sorti le changement de Constitution. Chez nous, le dialogue n’a jamais été le contraire du passage en force. Il en a été l’antichambre.
Vous espérez une commission électorale indépendante et des élections transparentes en 2031. Regardons celles de mars 2026 : près de 95 % des voix, une opposition qui boycotte, Internet coupé le jour du vote. Un pouvoir qui préparait une alternance digne aurait commencé par là. Il ne l’a pas fait.
Un pouvoir qui cherche l’apaisement commence par ouvrir les cellules.
Le général Mokoko est détenu depuis juin 2016, André Okombi Salissa depuis janvier 2017. L’ONU juge leur détention arbitraire depuis 2018. Dix ans de réclusion, zéro geste. C’est là, bien plus que dans les discours, que se lit l’intention d’un régime.
Vous avez raison, enfin, sur la gouvernance.
Mais c’est justement là que votre espérance se retourne contre elle-même. Les pénuries d’eau, d’électricité et de carburant, les pensions et les bourses impayées ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le bilan de la même équipe, au pouvoir depuis 1997 après l’avoir déjà occupé de 1979 à 1992. Pourquoi l’homme qui gouverne ainsi depuis près de quarante ans changerait-il de méthode à 82 ans, pour le seul plaisir d’entrer dans l’histoire ?
Voilà ce que je crains. Si la santé le permet, on touchera au mandat. Si elle ne le permet pas, on touchera à la succession : un vice-président nommé, comme à Yaoundé depuis avril, et une famille déjà installée au gouvernement.
Dans les deux cas, le dialogue attendra, et la Constitution, elle, n’attendra pas.
Vous qui avez gardé les Sceaux, Monsieur le Ministre, vous le savez mieux que personne : chez nous, on ne change jamais la serrure, on change la porte.
Afrikili.tv – Espérance Ngassaki Ketto



