Édito : Un prix de la liberté, à qui la doit-on ?
Ne boudons pas ce qui mérite de l’être. Réunir la profession, honorer quatorze figures de la presse congolaise, saluer la mémoire de Jean-Paul Pigasse, ouvrir un débat sur l’intelligence artificielle et la désinformation : tout cela est utile, et le Congo avait besoin d’un rendez-vous consacré à ses médias. La modernisation d’un secteur bousculé par le numérique est un vrai sujet, et le poser publiquement vaut mieux que de l’ignorer.
Mais un prix de la liberté de la presse ne se décrète pas depuis le sommet de l’État ; il se mesure sur le terrain, à l’aune de ce que les journalistes peuvent écrire sans crainte. Or c’est précisément là que le bât blesse. Quand le Premier ministre, au nom du chef de l’État, plaide « l’impérieuse urgence » de « réguler » le cadre juridique des médias, et quand le ministre de la Communication rappelle qu’à la liberté doit répondre la « responsabilité », l’oreille exercée entend une petite musique connue. La régulation peut protéger le métier ; elle peut aussi, selon la main qui l’écrit, l’encadrer jusqu’à l’étouffer. Tout dépendra du texte — et de qui le tiendra à l’approche des législatives de 2027.
Car le vrai test n’est pas cérémoniel. Il est budgétaire et concret. Pendant qu’on distribue des trophées à Kintélé, des soignants réclament deux mois de salaire impayés, et l’État sollicite la Banque mondiale pour son électricité. La liberté d’une presse se juge aussi à sa capacité de dire ces choses-là sans être taxée d’« irresponsabilité ». Un pouvoir sûr de son bilan n’a pas besoin de s’auto-décerner des prix : il lui suffit de laisser les journalistes faire leur travail, y compris quand cela dérange. Le meilleur hommage aux médias congolais ne sera pas une distinction de plus sur une étagère présidentielle. Ce sera une loi qui élargit l’espace du débat au lieu de le rétrécir. Nous la lirons, ligne à ligne.




