Édito : L’obligation de résultat, et après ?
Il y a quelque chose de révélateur dans la formule lancée mardi par le président Denis Sassou NGuesso à ses ministres : « obligation de résultat ».
Le mot est juste. Il est même courageux, venant d’un homme au pouvoir depuis l’essentiel de quatre décennies et qui, à ce titre, porte la responsabilité première du bilan qu’il exige désormais des autres. Car cette obligation, si on la prend au sérieux, vaut d’abord pour celui qui l’énonce.
Le pouvoir congolais a choisi un récit : celui de l’« Accélération ». Sortie du tout-pétrole, désendettement, discipline budgétaire, digitalisation contre la corruption, indicateurs de performance par ministère.
Sur le papier, c’est le vocabulaire d’un État qui se réforme. Et certains chiffres vont dans le bon sens : le gouvernement annonce une trajectoire de dette ramenée vers 80 % du PIB en 2027 et l’apurement progressif de la dette toxique des traders qui a failli étrangler le pays.
Reconnaissons-le : passer d’une vulnérabilité extrême à une dette présentée comme soutenable, si cela se confirme, n’est pas rien.
Le problème n’est pas le discours. Il est sa répétition. Cela fait des années que Brazzaville promet la diversification, la fin de la dépendance pétrolière, la rigueur.
Cela fait des années que le pétrole finance encore l’essentiel du budget et que des fonctionnaires attendent leurs salaires.
L’obligation de résultat brandie mardi n’a de valeur que si elle s’accompagne, cette fois, d’une reddition de comptes vérifiable : des recettes hors pétrole qui montent réellement, des arriérés qui s’éteignent, un Plan national de développement 2027-2032 dont on pourra mesurer l’exécution ligne par ligne.
Un dernier point mérite d’être dit franchement. Un pouvoir qui contrôle tout; l’exécutif, le Parlement, et désormais un appareil sécuritaire réorganisé cette semaine; n’a plus d’excuse.
Face à une opposition marginalisée et sans élus, le président Denis Sassou NGuesso ne peut imputer d’éventuels échecs ni à un contre-pouvoir ni à un blocage institutionnel.
C’est le revers de l’hégémonie : quand on détient l’intégralité des leviers, on détient aussi l’intégralité de la responsabilité.
L’obligation de résultat, monsieur le Président, commence à la présidence.





