Édito : Le ciel promis, les salaires attendus
Il y a quelque chose de vertigineux à écouter Denis Sassou N’Guesso, sous la verrière du Grand Palais, plaider pour un observatoire spatial du Bassin du Congo pendant que, à Brazzaville, des infirmiers réclament deux mois de salaire pour cesser une grève commencée le 6 août. Le décalage n’est pas anecdotique : il dit tout d’un pouvoir qui excelle dans la mise en scène du futur et peine à honorer le présent.
Sur le fond, l’idée d’une souveraineté technologique africaine est juste. Surveiller les forêts, anticiper les crises, sécuriser les frontières par le satellite : personne de sérieux ne s’y opposera. Mais une nation qui vise les étoiles doit d’abord payer ceux qui soignent ses citoyens. Or les faits sont têtus. Le FMI classe le Congo en surendettement, avec une dette proche de 95 % du PIB, une économie toujours adossée au baril, et Brazzaville qui redemande un programme d’aide. Dans ce contexte, la « souveraineté » proclamée à Paris ressemble davantage à une aspiration qu’à un acquis : on ne devient pas indépendant en dépendant du FMI pour éponger ses arriérés.
Le clin d’œil le plus révélateur reste à venir. Le SICOM, salon des médias, envisage de remettre un « prix de la liberté de la presse » au chef de l’État. Soyons rigoureux : le classement 2026 de Reporters sans frontières crédite même le Congo d’un léger progrès. Mais décerner ce prix au sommet de l’exécutif, plutôt qu’aux rédactions qui tiennent à bout de bras un secteur fragile, relève de la confusion des genres. On ne se remet pas à soi-même la récompense de la liberté que l’on est censé garantir.




