Édito : Quand l’État se décerne un prix de la liberté de la presse

Il y a des distinctions qui en disent plus long que les discours. À la clôture du premier Salon de l’information, de la communication et des médias, à Kintélé, le jury a remis un « prix spécial de la liberté de la presse » au président Denis Sassou-NGuesso. Le trophée a été réceptionné par son Premier ministre, qui a promis de le lui remettre en mains propres. La scène a quelque chose de troublant : dans un salon placé sous le très haut patronage du chef de l’État, ouvert par le chef du gouvernement en son nom, c’est encore le chef de l’État que l’on couronne gardien des libertés médiatiques.

Soyons justes : le geste n’est pas un mensonge, c’est une mise en scène. Le Congo n’est pas la lanterne rouge de la presse africaine. Reporters sans frontières le classe cette année au 68e rang mondial, en hausse de trois places. Des journalistes chevronnés y exercent, quatorze d’entre eux ont d’ailleurs été honorés le même jour, et le salon lui-même a eu le mérite d’exister et de poser, par la voix du ministre Moungalla, la vraie question  celle de concilier liberté et responsabilité à l’ère de l’intelligence artificielle et de la désinformation.

Mais une liberté ne se décrète pas d’en haut, et surtout elle ne se décerne pas à celui qui détient le pouvoir de la restreindre. La liberté de la presse se mesure à la capacité d’un média de contredire le palais sans conséquence, d’enquêter sur la dette et le pétrole, de donner la parole à Mathias Dzon comme au porte-parole du gouvernement. Elle se mesure à la diversité réelle d’un paysage médiatique où les titres de référence gravitent souvent dans l’orbite du pouvoir. Récompenser le sommet de l’État, c’est confondre la tolérance accordée avec le droit conquis.

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