Édito : Un barreau en grève, un État qui doit des réponses
Quand des avocats suspendent leur activité, c’est rarement un caprice corporatiste. Les barreaux de Brazzaville et de Pointe-Noire viennent de le faire et menacent de boycotter la prochaine session criminelle. Leur demande tient en une phrase, rapportée par la bâtonnière Andrée Brigitte Nzingoula : libérer leurs trois confrères détenus, ou enrôler leurs dossiers.
Les avocats ne réclament pas l’impunité. Ils demandent que la justice juge, ou qu’elle libère. Me Bob Kaben Mboko Massouka est incarcéré depuis septembre 2025, selon la presse congolaise, soit plus d’un an. Si les autorités ont des charges, qu’elles les présentent à une audience. Si elles n’en ont pas, la détention n’a plus de justification.
Il faut le dire clairement : le dossier est incomplet, et on ne peut pas trancher sur la culpabilité de personnes dont on ignore les chefs d’accusation. Ce qu’on peut juger, c’est le délai, et c’est là que le pouvoir est exposé.
Le gouvernement a mis en avant ces derniers jours les dossiers qui le servent : une rencontre avec l’ONU, un accord avec Moscou, la suppression du CEPE. Ce sont des sujets légitimes. Mais un État se mesure aussi à la façon dont il traite ceux qui le contredisent devant un tribunal. Une session criminelle boycottée, ce sont des accusés qui attendent et des victimes qui attendent.
La solution est simple : programmer les dossiers, ou libérer. À défaut, le bras de fer s’installera, et ce sont les justiciables ordinaires qui en paieront le prix.




