Édito : Un prix qu’on se décerne à soi-même
Il y a des distinctions qui honorent celui qui les reçoit, et d’autres qui interrogent surtout ceux qui les remettent. Le « prix spécial de la liberté de la presse » décerné cette semaine à Denis Sassou NGuesso, lors d’un salon des médias placé sous son « très haut patronage », appartient à la seconde catégorie. La scène a quelque chose de circulaire : un chef de l’État parraine un événement qui, en retour, le couronne champion d’une liberté dont il est, dans les faits, le principal arbitre. Le Premier ministre a réceptionné le trophée au nom du président, promettant de le lui remettre en mains propres. L’image est parfaite. Le fond l’est beaucoup moins.
Car les faits, eux, ne se laissent pas décerner. Le Congo-Brazzaville reste classé de longue date dans le dernier tiers du classement mondial de Reporters sans frontières. Le paysage médiatique demeure largement dominé par les organes publics ou proches du pouvoir ; l’autocensure y est une compétence professionnelle avant d’être un choix. Le scrutin de mars 2026, remporté à près de 95 % dès le premier tour dans un contexte de participation contestée par des journalistes de l’AFP et de retrait d’une partie de l’opposition, n’a pas exactement témoigné d’un espace public pluraliste et contradictoire. Primer la « liberté de la presse » au sommet de l’État dans ce décor, ce n’est pas la célébrer : c’est en confisquer le mot.
La liberté de la presse ne se mesure pas au nombre de trophées remis en haut lieu, mais au nombre de sujets qu’un journaliste peut traiter sans crainte : la dette à 98 % du PIB, les arriérés de salaires, la gestion pétrolière, la préparation des législatives de 2027. Le jour où ces enquêtes-là circuleront librement, le Congo n’aura plus besoin de se décerner de prix. Il en recevra.



