Édito : Le cas Mondelé, ou les limites de la loyauté à géométrie variable

Il y a quelque chose de révélateur dans la rapidité avec laquelle le Club 2002-PUR a dégainé la Constitution contre l’un des siens. Juste Désiré Mondelé, député de la première circonscription de Ouenzé, avait démissionné du parti le 2 juillet. Il aura fallu moins de trois mois pour que le parti, par la voix de son secrétaire général adjoint Antoine Banvidi, écrive au ministre de l’Intérieur pour réclamer l’application stricte de l’article 112 alinéa 2 de la Constitution, qui prive de son mandat tout élu ayant quitté en cours de législature le parti sous l’étiquette duquel il a été élu, et pour exiger son remplacement par le suivant de liste, Francis Akouala Ngambou.

Sur le plan strictement juridique, le Club 2002-PUR est dans son droit : la disposition constitutionnelle existe, elle est claire, et elle s’applique en théorie à tous les partis, majorité comme opposition. Le problème n’est pas la légalité de la démarche, c’est ce qu’elle dit du système politique dans son ensemble. Cette clause anti-nomadisme, présentée à l’origine comme un outil de stabilité et de loyauté envers l’électeur qui vote pour une étiquette autant que pour un homme, se retourne ici contre un élu de la mouvance présidentielle elle-même preuve, s’il en fallait une, que la discipline de parti prime sur l’autonomie individuelle du mandat, y compris quand ce mandat a été obtenu sous les couleurs du pouvoir.

On objectera qu’un député qui change de camp en cours de mandat pose une vraie question démocratique : les électeurs de Ouenzé ont-ils voté pour un homme ou pour un parti ? La question est légitime, et l’article 112 n’est pas une invention congolaise isolée. Mais dans un paysage institutionnel où l’opposition parlementaire est déjà réduite à sa plus simple expression, et où le pouvoir contrôle l’essentiel des leviers électoraux, l’usage de cette clause contre un dissident interne renforce un climat où la seule voie de survie politique consiste à rester aligné, quoi qu’il arrive, sur l’appareil du parti. Ce n’est pas la démocratie qui progresse ici, c’est la discipline qui se resserre.

Reste une inconnue de taille : on ignore à ce stade pourquoi Mondelé a quitté le Club 2002-PUR, et le silence de l’intéressé — du moins dans les sources disponibles à cette heure — empêche de juger du fond du différend. C’est peut-être là que se trouve la vraie histoire, encore à écrire : celle des raisons d’une rupture, plutôt que celle, plus mécanique, de sa sanction constitutionnelle.

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