République du Congo : Briefing politique dimanche 27 septembre 2026

Ce qui s’est passé

Le fait politique le plus net de ces derniers jours est intérieur au camp présidentiel : le Club 2002-PUR, parti allié de la majorité, a écrit le 24 septembre au ministre de l’Intérieur pour demander l’application de l’article 112 alinéa 2 de la Constitution à l’encontre du député Juste Désiré Mondelé, élu de la première circonscription de Ouenzé. Mondelé, ancien secrétaire général du parti, en avait démissionné le 2 juillet dernier ; le Club 2002-PUR, par la voix de son secrétaire général adjoint Antoine Banvidi, réclame donc sa déchéance automatique de son mandat de député et son remplacement par Francis Akouala Ngambou, le suivant de liste. C’est un dossier à suivre : il touche directement à la question du nomadisme politique et à la marge de manœuvre laissée aux élus, même au sein de la mouvance présidentielle.

Le pays a par ailleurs rendu un hommage national à l’ancien ministre du Développement industriel et de la Promotion du secteur privé, Émile Mabonzo, décédé récemment. La cérémonie s’est tenue le 23 septembre au Palais des Congrès à Brazzaville, en présence de Denis Sassou NGuesso et du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, entourés de membres du gouvernement et de personnalités publiques.

Sur le plan économique et institutionnel, le gouvernement a officiellement lancé, le 21 septembre sous la présidence du Premier ministre Makosso, le processus d’élaboration du prochain Plan national de développement (PND) 2027-2031, appelé à prendre la suite du PND 2022-2026. Cinq axes sont annoncés comme prioritaires : capital humain (éducation, santé, protection sociale), diversification économique et transformation locale des matières premières, soutien au secteur privé et à l’entrepreneuriat des jeunes, réduction des inégalités territoriales entre les quinze départements, et mobilisation des partenaires techniques et financiers. La Primature a signalé le 24 septembre un renforcement de la coopération avec les agences onusiennes sur ce dossier. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a de son côté organisé le 23 septembre une session de renforcement des capacités de son personnel sur la gestion budgétaire.

Il faut être honnête sur un point : l’actualité politique proprement dite des 48 dernières heures (25-27 septembre) est restée mince — pas de nouveau Conseil des ministres recensé depuis celui du 18 août, pas de nouvelle sortie majeure de la présidence ou de l’opposition sur cette période précise. Le fil politique le plus consistant reste donc celui des trois-quatre jours précédents, décrit ci-dessus, avec en toile de fond la mise en place mi-septembre de nouveaux maires dans plusieurs communes (Talangaï, Ouénzé, Gamboma) et un appel du pouvoir à la jeunesse à « ne pas céder à la manipulation » politique.

Mon analyse

Le lancement du PND 2027-2031 est la traduction technocratique du discours du nouveau quinquennat « Accélération » : cinq ans après un plan 2022-2026 dont le bilan réel (diversification, emploi des jeunes) reste largement en deçà des ambitions affichées à l’époque, le gouvernement en relance un nouveau avec le même vocabulaire diversification, capital humain, réduction des inégalités  sans qu’un bilan chiffré et contradictoire du précédent plan ait été rendu public. Le calendrier n’est pas neutre non plus : ce PND arrive alors que le FMI qualifie la dette congolaise de « en détresse » et réclame un ajustement budgétaire « significatif et durable », et alors qu’une loi de finances rectificative a déjà dû revoir le budget 2026 à la baisse. Annoncer un plan de développement ambitieux en pleine austérité budgétaire n’est pas contradictoire en soi, mais cela crée un écart entre le récit officiel de transformation économique et la réalité d’un État sous surveillance du FMI, dépendant des cours du pétrole et déjà en défaut de paiement sur certains arriérés.

L’affaire Mondelé, elle, est plus révélatrice du fonctionnement politique interne que du contenu des politiques publiques. Qu’un parti de la majorité présidentielle mobilise l’arsenal constitutionnel pour évincer un élu qui a simplement changé d’étiquette  sans qu’il soit question ici d’accusation de corruption ou de défaillance dans l’exercice du mandat dit quelque chose du degré de discipline exigé y compris à l’intérieur du camp au pouvoir. Dans un système où l’opposition (ARD, UPADS, RFC) peine déjà à peser électoralement et où l’essentiel du jeu politique se joue désormais à l’horizon des législatives et locales de 2027-2028, ce genre d’épisode interne illustre à quel point la marge d’autonomie individuelle des élus, même proches du pouvoir, reste étroite.

 

Sources

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