Édito : La liberté de la presse en trophée
Il y a des images qui en disent plus long qu’un rapport. Le 17 septembre à Brazzaville, à l’ouverture du tout premier Salon de l’information, de la communication et des médias, les organisateurs ont remis à Denis Sassou NGuesso un « Prix spécial de la liberté de la presse ». Le même jour, à quelques minutes de discours, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso reconnaissait que la loi qui régit le secteur la loi de 2001 a vingt-cinq ans et qu’elle « mérite d’être enrichie et actualisée ». Autrement dit : on décerne un trophée pour un chantier qu’on admet, dans la même phrase, ne pas avoir mené.
Que le Congo se dote d’un salon des médias est une bonne nouvelle. Que le gouvernement admette qu’un texte d’un quart de siècle ne dit plus rien de l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle relève du simple bon sens. Mais un prix n’est pas un bilan, et une intention n’est pas une réforme. La liberté de la presse ne se mesure pas au nombre de stands d’exposition ni aux distinctions que l’on s’offre à soi-même : elle se vérifie dans la capacité d’un journaliste à enquêter, à contredire, à publier sans crainte. Sur ce terrain-là, la cérémonie de mercredi n’a rien prouvé.
Le vrai test viendra du contenu de la future loi. Moderniser les textes peut vouloir dire deux choses diamétralement opposées : ouvrir l’espace ou le refermer. À dix-huit mois des élections locales et législatives de 2027, la tentation d’encadrer plus étroitement l’information — au nom, toujours commode, de la lutte contre la « désinformation » est réelle. La ligne que choisira le pouvoir en dira davantage sur ses intentions que tous les prix du monde.



