Édito : 775 francs, le prix de l’illusion

Il y a des aveux qui en disent plus que les discours. Réuni les 3 et 4 octobre, le bureau politique du PCT a entendu le Premier ministre expliquer que le litre vendu 775 francs pourrait coûter 2 000 francs au prix réel des importations. C’est, d’après le compte rendu publié le 5 octobre par Les Dépêches de Brazzaville, l’ampleur de l’écart que l’État comble en silence.

Les causes avancées sont connues : une raffinerie à l’arrêt depuis le 8 septembre, des lots de brut ramenés de quatre à trois, une SNPC aux moyens limités. Soit. Mais une pénurie qui dure plusieurs semaines n’est pas un accident technique. C’est le symptôme d’un modèle où l’on subventionne ce que l’on n’a plus les moyens de payer.

Le gouvernement promet la prise en charge des surcoûts, des allègements fiscaux et des études sur la libéralisation. Le vocabulaire est prudent, trop prudent. Une étude n’est pas une décision. Et une subvention supplémentaire, avec une dette qui dépasse 88 % du PIB selon les chiffres officiels, se finance par plus de dette ou moins d’investissement.

On nous dit qu’un accord avec le FMI restaurerait la crédibilité du pays. C’est vrai, et c’est aussi le moment de dire ce que cela coûtera. Les programmes du Fonds réclament presque toujours la fin des subventions aux carburants. Le pouvoir devra choisir entre la crédibilité extérieure et la paix sociale. Il ne peut pas promettre les deux sans les expliquer.

Au même moment, les avocats de Brazzaville et de Pointe-Noire menacent de boycotter la prochaine session criminelle, faute de libération ou de jugement de trois confrères détenus. Rien ne relie directement ce dossier à la pénurie. Mais les deux disent la même chose : un État qui demande la confiance doit d’abord rendre des comptes, sur ses prix comme sur ses prisons.

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