Édito : Quand la sécurité se passe de la loi

Distinguons d’abord ce qui relève des faits. Le rapport a été présenté le 22 septembre à Brazzaville. Il ne conteste pas la nécessité de combattre la criminalité urbaine, et c’est à son crédit. Il conteste la méthode : des arrestations hors cadre judiciaire, des détentions dans des lieux non révélés. Il demande des choses très simples : une liste des personnes arrêtées, l’accès aux lieux de détention, des enquêtes indépendantes. Dans les articles consultés, aucune réponse officielle n’est rapportée.

Voilà pour les faits. Voici l’opinion. Un État qui affirme protéger ses citoyens ne peut pas, dans le même mouvement, refuser de dire où se trouvent ceux qu’il arrête. La sécurité qui s’affranchit du juge n’est plus de la sécurité, c’est de l’arbitraire administré. Et le silence n’est pas une réponse : si le chiffre est exagéré, il suffit de publier la liste des personnes détenues pour le démontrer. Si le chiffre est juste, la question devient autrement grave.

On ne peut s’empêcher de relever, sans en faire une démonstration, que la même semaine, le chef de l’État recevait un prix spécial de la liberté de la presse. Ce prix est un fait. Ce qu’il dit de l’état réel des libertés, chacun en jugera ; mais une distinction décernée à la liberté d’informer prend tout son sens quand l’information sur les sujets qui fâchent circule librement, y compris celle qui met les autorités en cause.

Le nouveau quinquennat s’est placé sous le signe de l’accélération et prépare déjà le prochain plan de développement. Un pays ne se développe pas durablement sur des zones d’ombre. Les investisseurs, les partenaires, mais surtout les familles qui cherchent un fils ou un frère attendent la même chose : des réponses, des noms, un juge. Le gouvernement a les moyens de les fournir vite. Il reste à savoir s’il en a la volonté.

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