République du Congo : Briefing politique samedi 19 septembre 2026

Ce qui s’est passé

L’actualité politique des trois derniers jours a été largement occupée par la première édition du Salon de l’information, de la communication et des médias (SICOM), ouverte le jeudi 17 septembre au Centre international de conférences de Kintélé et courant jusqu’au 19 septembre. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, représentant personnel du chef de l’État Denis Sassou NGuesso. Fait notable : un « prix spécial de la liberté de la presse » (également présenté comme un « prix d’excellence de la liberté d’expression ») a été décerné au président de la République, réceptionné en son nom par Makosso. Quatorze journalistes ayant marqué l’histoire de la presse congolaise ont été distingués, et Jean-Paul Pigasse, cofondateur des Dépêches de Brazzaville, honoré à titre posthume.

Dans son discours, Makosso a insisté sur « l’impérieuse urgence » de réformer le cadre juridique du secteur pour « réguler » les métiers des médias et s’adapter au numérique et à l’intelligence artificielle. Le ministre de la Communication Thierry Lézin Moungalla a, lui, mis l’accent sur la nécessité de « concilier liberté et responsabilité » face à la désinformation.

Côté opposition, l’UPADS de Pascal Tsaty-Mabiala poursuit la dynamique de sa session extraordinaire du bureau politique (11-12 septembre) : le parti réclame l’application des onze recommandations de la concertation de Djambala sur la gouvernance électorale et affiche une ambition de « reconquête du pouvoir » en vue des législatives et locales de 2027. Dans la majorité, le Club 2002-PUR continue de restructurer ses fédérations (Bouenza, Lékoumou) et un nouveau parti pro-Sassou, le Rassemblement des républicains réformateurs (3R) de Juste Désiré Mondelé, s’est constitué début septembre. L’administration électorale (DGAE) a lancé les travaux préparatoires du scrutin de 2027.

Sur le terrain social, en toile de fond politique : les hôpitaux publics en grève, les syndicats réclamant le paiement de deux mois de salaire, tandis que la Banque mondiale s’est dite prête à renforcer son appui financier au secteur de l’électricité. Aucun Conseil des ministres ne s’est tenu  ou n’a été rendu public  dans la fenêtre des trois derniers jours.

Mon analyse

Le SICOM est d’abord une opération de communication réussie pour le pouvoir : dans les premiers mois du quinquennat « Accélération » ouvert par la réélection de mars 2026 (94,9 % validés par la Cour constitutionnelle), le régime met en scène sa proximité avec un secteur médiatique qu’il tient largement. Décerner au chef de l’État un « prix de la liberté de la presse » quelques mois après une présidentielle sans réelle compétition, et dans un pays que RSF classe autour de la 68e place mondiale en 2026 avec un score « politique » parmi les plus faibles de son bilan, relève moins de la reconnaissance que de la légitimation. Le message envoyé aux journalistes — « liberté et responsabilité », « régulation » du cadre juridique  est à double tranchant : derrière le vocabulaire de la modernisation numérique se profile le risque d’un durcissement du contrôle, à surveiller de près à l’approche des législatives de 2027.

Sur le fond, ce satellite de communication ne doit pas masquer les vraies tensions : des soignants qui réclament deux mois d’arriérés de salaire disent quelque chose de l’état des finances publiques d’un pays sur-dépendant du pétrole, endetté et sous surveillance du FMI. C’est là, dans l’écart entre le récit de l’« accélération » et le quotidien des services publics, que se jouera la crédibilité politique du nouveau mandat  bien plus que dans les ors de Kintélé.

Sources

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