Édito : Makotimpoko, la souveraineté à l’épreuve du fleuve
Il y a des incidents qui valent démonstration. Celui de Makotimpoko, dans la nuit du 26 au 27 août, en est un. Une patrouille congolaise prise sous le feu de militaires venus de l’autre rive, deux soldats capturés puis exhibés dans des images humiliantes, un adolescent tué : sur un fleuve qui sépare les deux capitales les plus proches du monde, la frontière la plus fraternelle d’Afrique centrale a montré qu’elle pouvait aussi devenir la plus inflammable.
Reconnaissons-le d’emblée : Brazzaville a géré la crise avec sang-froid. Pas de surenchère guerrière, une réunion interministérielle d’urgence, la visite du Premier ministre aux blessés, un canal direct avec Kinshasa, et le retour des deux soldats dès le 31 août. Face à une opinion chauffée à blanc sur les réseaux, le choix du dialogue plutôt que du tambour valait mieux que l’inverse. Sur ce point, le gouvernement a fait son travail.
Mais la gestion diplomatique ne doit pas anesthésier les questions de fond. Car deux zones d’ombre demeurent. La première est militaire : qui a tiré le premier ? Plusieurs récits attribuent l’étincelle à un geste de la patrouille congolaise. Si c’est avéré, l’affaire n’est pas seulement une agression subie ; c’est aussi une défaillance de commandement à assumer. La seconde est territoriale : invoquer des textes coloniaux de 1908 pour affirmer que ces îles « appartiennent au Congo », tout en admettant qu’elles sont peuplées de Congolais de la RDC, c’est reconnaître qu’un flou juridique et humain persiste depuis plus d’un siècle sans que l’État l’ait jamais réglé. La souveraineté ne se proclame pas dans une audition ; elle s’organise, se surveille, se cartographie.
C’est là que le bât blesse. Réunie pour contrôler l’exécutif, la commission Défense de l’Assemblée a préféré le féliciter. On aimerait croire à la sérénité retrouvée ; on y voit surtout le réflexe d’un Parlement où, après le plébiscite de mars, la contradiction s’est faite rare. Or un incident frontalier meurtrier méritait mieux qu’un satisfecit : un vrai bilan public, un dispositif de surveillance fluviale renforcé, un calendrier de clarification avec Kinshasa. Féliciter avant d’exiger, c’est confondre le rôle de vigie avec celui de chœur.






