République du Congo Rompre l’écran entre Gouvernants et gouvernés.

De mon observation personnelle de la distance qui s’installe entre les dirigeants et les populations, en tant que citoyen congolais et ancien Ministre, au pouvoir sous le Président Pascal Lissouba, en République du Congo, j’ai vécu ce problème.

A l’époque, avec le Président Pascal Lissouba, les autorités se gardaient de dénoncer publiquement cette rupture. C’est l’opinion qui le faisait. Les pouvoirs publics reagissaient en vue d’apporter des réponses ponctuelles, selon le cas.

Aujourd’hui, déchargé de toutes fonctions étatiques, je reprends cette expérience pour dire que persiste, en République du Congo, l’insuffisante prise en compte des conditions de vie et de la parole des citoyens. Je l’expose par devoir de mémoire et par amour pour mon pays que j’aime intensément.

Comme dans tous les Etats, existent en République du Congo, des services spécialisés de collecte des données. Ils rédigent des rapports et alertent. Mais sur le terrain, dans maints situations, peu de changement sont apportés. Pour ne citer que l’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, aux pensions, à certains salaires, au transport, la situation est marquée par les mêmes ruptures. Un effort est fait pour parer à l’urgence, mais pas à la cause.

Le développement ne peut pas se décréter sans ceux qui le subissent et le portent. Or la parole des populations sur l’orientation du pays, les priorités, ce qui fonctionne et qui échoue, est trop peu intégrée aux décisions. Il en résulte des politiques techniquement cohérentes mais socialement déconnectées.

Bien plus, tout se passe comme s’il existait un écran entre les gouvernants congolais. et leurs populations. Soit l’information n’arrive pas aux gouvernants. Soit elle arrive filtrée, maquillée, adoucie par des intermédiaires qui ont peur du mauvais chiffre. Quand elle arrive, elle est déjà trop tard et déjà édulcorée. Dans les deux cas, la vérité est travestie.

Du point de vue des citoyens, les mêmes faits sont dénoncés, rejetés, pointés du doigt, puis ils reviennent. Inégalités d’accès aux biens communs, lenteurs administratives, service public inefficace. A force de répétition sans correction, on s’en accommode de l’existant.

Face à cet état de fait, peut-être faudrait-il requalifier le rôle de ces services publics qui ne devraient plus être seulement des exécutants de procédures. Mais redevenir des ponts entre les gouvernants et les populations. Des ponts de remontée fiable, sans filtre, avec des indicateurs vécus et pas seulement comptables. Des ponts de descente qui expliquent, ajustent, rendent compte.

Cela suppose des engagements concrets.Tels, ecouter avant de programmer, rendre obligatoires des consultations locales avec suite donnée, publique et mesurable. Aussi, donner aux dirigeants l’accès direct aux données de terrain, y compris celles qui dérangent. Corriger sans delai ce qui blesse. Lorsqu’un dysfonctionnement revient, persiste, il cesse d’être un accident. Il devient une priorité politique.

C’est vrai qu’un pays avance par ses grands projets. Mais, il s’élève également par la confiance entre les gouvernants qui décident et les gouvernés qui vivent les décisions.

Aujourd’hui, en République du Congo, il semble que cette confiance n’est pas assez travaillée. Par endroit, elle s’est même totalement érodée.

. Briser l’écran entre gouvernants et gouvernés, ce n’est pas un geste de communication. C’est un acte de bonne gouvernance. La République du Congo en a bien besoin.

Paris 24 juillet 2024

Ouabari Mariotti

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