Édito : Accélérer, encore

Il y a des mots qui trahissent ceux qui les répètent. « Accélérer » est de ceux-là.

Le 14 août, à la veille du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, le président Denis Sassou NGuesso a placé son message à la Nation sous le thème « Objectif développement, accélérant la marche ».

Le chef de l’État y a exigé la numérisation des régies financières, promis la fin de « l’impunité financière » et averti que le budget 2027 serait un « test cardinal » pour son gouvernement.

Le développement, a-t-il prévenu, « ne saurait se résumer à une simple posture verbale ». On aimerait le croire.

Le problème, c’est qu’on a déjà entendu ce discours.

En 2021, au seuil du précédent mandat, le même président promettait la même accélération, la même rigueur, la même chasse aux gaspillages.

Cinq ans plus tard, il faut une loi de finances rectificative, adoptée en juin, pour ajuster un budget que la seule remontée du baril à 67 dollars sauve provisoirement.

La dette reste sous l’œil des partenaires financiers. La dépendance au pétrole, elle, n’a pas bougé d’un iota.

Quand un pouvoir en place depuis plus de quatre décennies annonce qu’il va enfin numériser ses douanes pour cesser de perdre ses recettes, la vraie question n’est pas de savoir s’il en a l’intention. C’est de savoir pourquoi il ne l’a pas déjà fait.

Reconnaissons ce qui mérite de l’être. L’exemption de visas pour les ressortissants africains, effective au 1ᵉʳ janvier 2027, est une mesure d’ouverture réelle, dans la lignée d’un panafricanisme que Brazzaville revendique depuis longtemps.

Et il est juste de rappeler, comme l’a fait le président, que la paix chèrement acquise reste un socle. Mais la paix des cimetières politiques n’est pas la stabilité. Pendant que le sommet de l’État célèbre la souveraineté, deux anciens candidats à la présidentielle, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, demeurent en détention. On ne réforme pas la « gouvernance » d’un pays en verrouillant son débat.

Le vrai test cardinal n’est donc pas le budget 2027. C’est la capacité de ce pouvoir à faire, pour une fois, ce qu’il annonce et à accepter qu’on le juge, comme il aime à le dire lui-même, « par les actes ».

Le reste, y compris ce mot « accélérer » répété de quinquennat en quinquennat, restera une marche sur place tant que les faits ne suivront pas.

Le Congo n’a pas besoin d’un cap de plus. Il attend une preuve.

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