Édito : Entre l’« Accélération » et la rigueur du FMI, l’écart qui ne trompe pas
Il y a quelque chose de presque rituel dans la manière dont Brazzaville aborde chaque mission du FMI : on affiche la coopération, on reçoit la délégation avec les honneurs, le ministre des Finances assure que tout est transparent et, en coulisses, les chiffres racontent une autre histoire. Cette semaine encore, le scénario se répète. Christian Yoka a reçu jeudi Pilar Garcia Martinez et son équipe avec les mots qu’il faut : les données sont transmises, la coopération est totale. Mais l’écart entre les deux colonnes de chiffres qui vont se retrouver sur la table des négociations, dans les jours qui viennent, dit tout de la difficulté réelle : le gouvernement table sur une croissance de 5,5 % pour 2026, le FMI n’en attend que 2,8 %. Ce n’est pas une nuance de conjoncturistes, c’est un écart qui, mécaniquement, pèsera sur les recettes attendues d’un budget rectificatif déjà bâti autour d’un recours accru à l’endettement 1 041,6 milliards de FCFA d’obligations du Trésor prévues, pour un pays dont la dette publique frôlait 97,2 % du PIB en mars.
On peut comprendre l’optimisme officiel : un cinquième mandat qui se veut celui de « l’Accélération » se vend mal avec une prévision de croissance plus modeste. Mais la crédibilité d’un chiffre ne se décrète pas, elle se vérifie et c’est précisément le rôle de cette mission qui restera à Brazzaville jusqu’au 7 octobre que de la vérifier, chiffre après chiffre. Le pays n’en est pas à sa première divergence de ce type avec le Fonds, et l’histoire récente de la dette congolaise de la découverte de dettes cachées aux multiples réajustements de trajectoire invite à la prudence plutôt qu’à l’enthousiasme communicant.
Il faut aussi noter ce que cette séquence dit, en creux, de la stratégie économique du pouvoir : recevoir le même jour le patron d’un groupe minier américain, Gerald Group, en misant sur la diversification et l’investissement étranger, tout en négociant un programme d’ajustement avec le FMI, revient à courir deux pistes simultanément attirer du capital privé pour desserrer la contrainte pétrolière, et obtenir du Fonds la validation qui rassurera les créanciers. Les deux ne sont pas contradictoires en soi, mais ils exigent une cohérence de discours que l’écart de prévision de croissance vient précisément fragiliser. Sur ce dossier, les prochains jours et surtout la manière dont le gouvernement réagira si le FMI maintient sa prévision basse en diront plus que n’importe quelle déclaration protocolaire.




