Édito : L’accélération et les impayés
Il y a d’un côté le langage des chiffres heureux. Le gouvernement a revu son budget 2026 à la hausse, porté par un baril réévalué à 67 dollars, et le Premier ministre a présenté début août aux parlementaires un cadre budgétaire à moyen terme 2027-2029 promettant une « accélération » de la croissance.
Le vocabulaire officiel respire la confiance : consolidation, résilience, mobilisation des recettes. Le Congo coche, sur le papier, les cases attendues par le FMI et la Cémac.
Il y a de l’autre côté ce que les syndicats des maires sont venus déposer, le 20 août, sur le bureau du président du Sénat : douze mois d’arriérés de salaires à Brazzaville, huit à Pointe-Noire, et — le chiffre donne le vertige — cent douze mois à Mossendjo. Neuf années sans être payés régulièrement.
Ce ne sont pas des projections d’économistes, ce sont des fiches de paie qui n’arrivent pas. Et c’est là que le récit de l’accélération se fissure : à quoi sert une croissance revue à la hausse si elle ne descend pas jusqu’au guichet de la mairie de Nkayi ou d’Ouesso ?
On dira que la réévaluation du budget est récente et que les arriérés sont un héritage. C’est vrai, et il faut le dire honnêtement : ces impayés ne datent pas de cette rentrée. Mais justement, un pouvoir qui gouverne le pays depuis des décennies ne peut pas éternellement renvoyer ses propres retards à un passé anonyme.
Quand les recettes remontent, le premier test de sincérité d’un État n’est pas le nombre de projets inaugurés, c’est la régularité avec laquelle il paie ceux qui le font tourner.
La semaine offre un second motif de vigilance. Pendant que le chef de l’État se repose à Antalya, le Parlement examine en procédure d’urgence quatre avenants pétroliers liés à la SNPC et à des sociétés étrangères.
La procédure d’urgence est légale ; elle n’est pas, en soi, un scandale. Mais sur des contrats d’hydrocarbures, dans un pays dont la dette reste le point faible et qui rend des comptes au FMI, la vitesse ne devrait jamais être l’ennemie de la transparence.
Les Congolais ont le droit de savoir ce que l’État gagne, et concède, dans ces avenants.
L’accélération, oui. Mais une accélération qui commence par payer ses agents et par éclairer ses contrats. Le reste n’est, pour l’instant, qu’un mot.






