Édito : L’Accélération à l’épreuve des chiffres

Il y a les mots, et il y a les colonnes de chiffres.

Cette semaine, à la tribune du Parlement, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a offert les deux. Les mots, on les connaît : « accélération », « croissance durable et inclusive », « désendettement », « réduction de la dépendance pétrolière ».

Ce sont les piliers du programme pour lequel Denis Sassou NGuesso a été réélu en mars avec près de 95 % des voix.

Les chiffres, eux, racontent une histoire plus nuancée et c’est parce qu’ils émanent du gouvernement lui-même qu’ils méritent qu’on s’y arrête.

Le plus éloquent tient en une ligne du cadre budgétaire 2027-2029 : hors pétrole, le solde primaire de l’État resterait déficitaire à -3,8 % du PIB.

Traduction : après plus de vingt-cinq ans de pouvoir et d’innombrables plans de diversification, retirez le pétrole et les finances publiques congolaises ne tiennent pas debout.

Ce n’est pas une accusation d’opposant, c’est un constat inscrit noir sur blanc dans les documents officiels.

L’Accélération, si elle veut mériter son nom, se jugera à sa capacité à faire reculer ce chiffre, année après année.

Le reste du tableau appelle la même prudence.

Une croissance projetée à 6,9 % en 2027 suppose que le secteur hors pétrole bondisse quasiment du simple au double en rythme. C’est possible, mais l’histoire budgétaire récente invite à distinguer les prévisions des exécutions : promettre est une chose, décaisser les 624 milliards d’investissement annoncés en est une autre. Quant à l’objectif d’une dette ramenée sous les 70 % du PIB, rappelons qu’il ne s’agit pas d’un trophée mais du plancher fixé par la CEMAC le minimum pour rester fréquentable auprès des créanciers.

Rien de tout cela ne condamne le projet.

Fixer des cibles chiffrées et publiques, c’est accepter d’être jugé sur pièces, et c’est sain. Mais le citoyen congolais ne mange pas des points de PIB.

Il attend que la foire agricole de Bambou-Mingali débouche sur des prix plus bas au marché, que l’hôpital d’Ollombo soigne réellement, que la diversification se lise sur sa feuille de paie autant que dans les discours.

L’Accélération a désormais ses chiffres.

Reste à savoir si, en 2027, ils diront la même chose que les mots.

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