Mars 2026 : élection présidentielle au Congo : Comment Sassou devient une « antonomase » et limite l’alternance politique.
L’antonomase est une figure de style littéraire par laquelle un nom propre devient un nom commun. Dans le cas du président Sassou, le nom Sassou en vient à se substituer au Congo lui-même. Pourquoi le président Sassou devient-il un nom commun, c’est à dire une antonomase pour les Congolais ?
Il est au pouvoir depuis plus de quatre décennies, il a une forte influence sur le processus électoral, il contrôle l’appareil d’État, il mobilise les ressources institutionnelles et financières, créant ainsi un déséquilibre dans la compétition nationale pour accéder au pouvoir. Au Congo c’est le nom de Sassou qui est le plus prononcé. L’État est structuré autour de sa personne. Lors de la conférence nationale souveraine en 91/92, Sassou a dit qu’il assumait tout ce qu’il s’est passé dans la vie politique congolaise depuis de nombreuses années. En adoptant cette posture Sassou « s’ancre » dans l’imaginaire collectif congolais comme l’homme qui s’identifie à la nation. Sassou devient une marque politique commune et les débats politiques en sa faveur ou contre lui sont articulés autour de sa personne.
Ni hagiographie de Sassou, ni révélation sublimée de sa personne
La suite de ce texte est le déroulé d’une explication socio-politique qui essaie de lire la vie politique congolaise en utilisant une autre fenêtre de compréhension, plus fondée sur la psychologie politique, sur le ressenti des citoyens que sur l’analyse traditionnelle des institutions, comme le parlement, la justice ou les appareils sécuritaires. L’antonomase permet d’expliquer les pouvoirs absolus du président. L’Etat congolais disparaît au profit de l’homme Sassou, le Congo devient abstrait mais identifiable grâce à l’antonomase Sassou.
Récemment, en animal politique rusé, Sassou favorise la fixation de la date du premier tour de l’élection présidentielle au 15 mars 2026, laissant uniquement deux semaines de campagne électorale à l’opposition et au système politique du 28 févier au 13 mars 2026. Cette situation politique déséquilibre l’opposition qui, désunie, essaie à travers des plateformes de trouver un chemin de riposte pour ne pas disparaître totalement au cours de cette élection, si elle a réellement lieu car une partie de l’opposition ne souhaite pas y participer et qu’une autre partie de l’opposition préfère le report de la date de l’élection à fin d’établir une transition politique. Le système politique congolais attend la décision du président Sassou qui ne s’est pas encore déclaré. L’antonomase Sassou est rusée et attend le dernier moment pour prendre sa décision.
Avantages et inconvénients d’être pour Sassou une antonomase
Avantages
Sassou a traversé la vie politique violente du Congo en étant accusé de certains maux, comme les disparitions des présidents N’Gouabi et Massamba-Debat et la mort du cardinal Biayenda. Ces accusations n’ont jamais été démontrées juridiquement, Sassou a fait l’objet de critiques radicales et paradoxalement il est toujours aux affaires. On peut aussi citer l’emprisonnement de ses partenaires-adversaires politiques comme le Général Mokoko et l’ancien ministre Okombi Salissa qui, lors de la guerre civile de 97, a aidé Sassou à revenir au pouvoir. Sassou a bien compris la fragilité de l’espace politique congolais, surtout celle des oppositions caractérisées par un manque de stratégie collective, d’une absence de mobilisation populaire structurée et d’un leadership faible capable de déstabiliser Sassou.
Sassou sait que certains leaders de l’opposition brocardent son action le jour et le soir, tous feux éteints, viennent à la présidence demander ses faveurs financières. Il profite de l’éparpillement des idées et des stratégies inefficaces des personnalités de l’opposition pour continuer à marquer de façon durable son antonomase sur et dans le système politique congolais.
Une question fondamentale doit être posée : pourquoi, malgré les grèves, la vie chère, la pauvreté, le dysfonctionnement des hôpitaux et du système éducatif, certains congolais en âge de voter continuent de le faire en faveur de Sassou, approfondissant ainsi le syndrome de Stockholm qui permet paradoxalement à une victime de faire confiance à son bourreau.
Inconvénients
La personnalisation extrême du pouvoir par le président Sassou présente des inconvénients. Certains disent que si les élections ont lieu l’antonomase Sassou gagnera par K.O au premier tour. Implicitement ils insinuent que, Sassou étant le Congo, il va comme d’habitude tricher, arrêter le fonctionnement d’internet et mettre en place une stratégie de tripatouillage des résultats. Cette confiscation des élections implique qu’il n’y a pas de possibilité d’alternance politique au Congo tant que Sassou sera aux affaires. Les oppositions politiques congolaises sont condamnées à rester à quai pendant que le bateau du pouvoir s’éloigne au loin sur le fleuve Congo. Sassou, en tant que produit commun du Congo porté par un parti politique, le PCT parti congolais du travail crée en 1969 par l’ancien président Marien N’Gouabi entouré de certains militaires comme Sassou, accentue son antonomase.
Sassou ira-t-il ou non à l’élection présidentielle ? Va-t-il opter pour une transition politique ou restera-t-il sur la ligne du PCT, à savoir l’élection à tout prix ? Certains membres de l’opposition souhaitent le boycott des élections en arguant que rien ne sert de concourir car tout est fléché en faveur de Sassou. Si les élections ont lieu malgré les délais courts, il reste aux oppositions à construire un comité stratégique fort pour désigner un leader pour l’élection mais aussi éventuellement, s’il y a contestation de ces élections. Des initiatives politiques sont prises en France par certains avocats, dont maître NZAMBA, qui le 7 février 2026 vont réunir au palais du Luxembourg à Paris une plateforme de l’opposition politique pour l’élection présidentielle. Un second tour en mars 2026 est-il possible ? Rien n’est sûr. Pour l’opposition il y a urgence à élaborer les stratégies de convergence en créant un cahier des charges commun et en définissant une stratégie de consensus au second tour pour le candidat le mieux placé.
Le Congo est à la croisée des chemins de son histoire mouvementée sur le plan politique. Sassou a réussi à vitrifier les oppositions politiques congolaises. En devenant une antonomase, le président Sassou donne l’impression que c’est une marque pour le Congo. Il est vrai que les générations nées depuis les années 80, avec un intermède de trois ans après la conférence nationale, n’ont connu que sassou comme président de la République . Il a réussi, par la personnalisation du pouvoir, à devenir incontournable. Il reste à l’opposition de s’unir (n’est-t-il pas trop tard ?) autour d’un candidat s’il y a un deuxième tour, de rassembler les moyens financiers, d’encourager les jeunes et les citoyens à participer avec un vote massif.
Les Congolais doivent savoir qu’en cas de victoire , l’antonomase Sassou va modifier la constitution, créer un poste de vice-président, favoriser l’entrée au gouvernement des jeunes candidats comme Gavet, Mafoula et d’autres, au nom de l’union nationale afin de créer de nouvelles majorités qui aideraient le vice-président à succéder au président Sassou qui pourrait ainsi, avant la fin de son mandat, quitter le pouvoir en le remettant au vice-président. Pour la réussite de cette mise en scène politique probable, Sassou modifiera les institutions. L’élection présidentielle future sera réalisée au terme du mandat du vice-président, permettant à celui-ci de gagner en pouvoir politique et en expérience.
Lucien PAMBOU




