Édito : Pétrole et blouses blanches
Voilà la photographie la plus honnête du Congo de 2026. Un État qui sait mobiliser ses institutions en quarante-huit heures pour sécuriser la rente pétrolière, mais qui laisse ses soignants sans traitement pendant que les malades attendent derrière un service minimum. Le ministre des Finances a eu ce mot juste et embarrassant : la grève s’inscrit « dans un contexte de tensions sociales et de difficultés économiques ». Traduction : l’argent manque. Dans un pays producteur de pétrole, cette phrase n’est pas une explication, c’est un aveu.
Le pouvoir vient d’être reconduit pour cinq ans sous la bannière de « l’Accélération ». On veut bien accélérer, mais vers quoi ? La semaine écoulée a vu le gouvernement inspecter des chantiers, l’administration ouvrir le chantier des élections de 2027, un nouveau parti se ranger derrière le chef de l’État. Beaucoup d’énergie pour l’infrastructure et la politique ; on cherche la même diligence pour la paie d’un anesthésiste. L’ordre des priorités d’un État se lit moins dans ses discours que dans ce qu’il choisit de financer en premier.
Que l’on ne s’y trompe pas : payer les soignants n’est pas une faveur, c’est la contrepartie d’un travail rendu. Et rien n’interdit de poser la question qui fâche : si la rente pétrolière suffit à honorer des avenants mais pas des bulletins de salaire, où passe la différence ? Le pays a le droit de savoir. Tant que le drainage de la Tsiémé avancera plus vite que la trésorerie des hôpitaux, le mot « accélération » sonnera, pour beaucoup de Congolais, comme une promesse qui roule sans eux.



