Édito : Accélérons, vraiment ?

Il y a des séquences qui en disent long sans le vouloir. Le Conseil des ministres du 18 août en est une. On y a approuvé, coup sur coup, des permis pétroliers, un investissement gazier de 23 milliards de dollars, et l’annonce d’un nouveau palais présidentiel intégralement financé par la Chine.

Trois jours plus tard, le chef de l’État s’envolait pour Antalya, quinze jours durant. Entre les deux, un slogan : « Accélérons la marche vers le développement. »

Personne ne reprochera à un président de prendre des vacances. Mais le symbole mérite d’être posé sur la table, parce qu’il condense une contradiction que le pouvoir congolais peine à masquer.

D’un côté, un discours de mobilisation générale, une « obligation de résultat » rappelée aux ministres, un Plan national de développement 2027-2032 érigé en horizon.

De l’autre, des faits têtus : une loi de finances rectificative qui table sur un baril à 67 dollars, une production pétrolière stable; donc une croissance qui repose sur le prix, pas sur la diversification promise depuis des années et un FMI qui, patiemment, répète les mêmes recommandations sur la dette et la transparence.

Dans ce paysage, le nouveau palais présidentiel financé par Pékin fait figure de test de priorités.

On nous dira qu’il s’agit d’un don, que rien ne sort des caisses de l’État. C’est vrai comptablement. Politiquement, c’est autre chose. Un pays qui négocie sa soutenabilité budgétaire et dont l’annonce la plus visible du mois est un palais offert par une puissance étrangère envoie un message sur ce qui compte, et sur qui décide.

La dépendance à la Chine; infrastructures, aviation, banque d’investissement asiatique ; n’est pas un procès d’intention : c’est une trajectoire assumée, ligne après ligne, dans les communications officielles.

Reste la question qui fâche : accélérer vers quoi ?

Le seuil de prix haut relevé à 90 dollars le baril sécurise les opérateurs autant que l’État. Les grands projets s’empilent, mais leur exécution; le CFCO en est le symbole usé est le vrai juge de paix.

Le mandat qui commence ne sera pas jugé sur ses slogans ni sur le nombre de permis signés, mais sur une seule chose que les Congolais attendent depuis longtemps : la traduction concrète, dans leur quotidien, d’une rente qui, jusqu’ici, a surtout servi à durer. Sur ce terrain-là, l’accélération reste à prouver.

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