Édito — Le ciel de Paris, les salaires de Brazzaville
La seconde image, elle, ne quitte pas Brazzaville. Depuis le 6 août, les hôpitaux publics sont en grève. Le 3 septembre, devant les députés, les syndicats de la santé ont résumé leur revendication à une phrase d’une brutale simplicité : payez-nous deux mois de salaire, et nous levons le mouvement. Le même mois, le FMI rappelait que la dette congolaise reste en zone de « distress », que des arriérés réapparaissent, et que l’encours a franchi 9 400 milliards de FCFA. Voilà le sol réel sur lequel repose l’ambition orbitale.
Que le Congo vise haut n’est pas le problème. Le problème, c’est l’ordre des priorités qu’une telle mise en scène finit par trahir. On ne gouverne pas un pays par la seule projection d’image. Un satellite ne soigne personne si les soignants ne sont pas payés. La surveillance de la déforestation depuis l’espace est un objectif légitime ; elle ne peut pas servir d’écran à l’incapacité, sur terre, d’honorer les fiches de paie de la fonction publique hospitalière. Le récit de « l’Accélération » se mesurera à cette aune très concrète, pas aux tribunes parisiennes.
Il y a, dans ce décalage, un avertissement politique que le pouvoir aurait tort de sous-estimer. Pendant que la majorité présidentielle réorganise déjà ses fédérations en vue des législatives de 2027 — Club 2002-PUR remis en ordre, nouveau parti 3R lancé, administration électorale à pied d’œuvre — la matière première de tout scrutin crédible, la confiance, s’érode dans les couloirs d’hôpitaux impayés et dans les colonnes du FMI. On peut gagner des élections à 94 %. On ne décrète pas, à ce taux, l’adhésion d’un peuple. La vraie souveraineté, celle qui compte, commence par la capacité d’un État à tenir ses promesses les plus élémentaires envers les siens. Le reste, aussi spectaculaire soit-il, n’est encore que du ciel.



