Édito : Le pays qui court vers 2027 mais ne paie pas ses médecins

Il y a quelque chose de vertigineux dans le rythme de la vie politique congolaise en cette rentrée. À peine six mois après une présidentielle remportée à près de 95 % score que le pouvoir a présenté comme un plébiscite , la machine partisane est déjà relancée à plein régime. On crée des partis, on renouvelle des fédérations, on convoque des sessions extraordinaires. L’UPADS pose ses conditions, le Club 2002-PUR quadrille les départements, un « Rassemblement des républicains réformateurs » sort de terre. La cible de tous ces mouvements a un nom : 2027, l’année des législatives et des locales.

Mais courir vers 2027 pendant que l’on ne paie pas ses médecins, cela s’appelle regarder ailleurs. Pendant que la classe politique se passionne pour le découpage administratif et la fiabilité des listes électorales, les hôpitaux publics ont dû se mettre en grève pour réclamer une chose élémentaire : deux mois de salaire. Il a fallu une réunion sous l’autorité du Premier ministre pour obtenir une suspension du mouvement, sur la foi d’« engagements financiers ». La hiérarchie des urgences, vue d’en bas, n’est pas celle des états-majors.

Le mot d’ordre officiel du nouveau mandat, « Accélération », mérite qu’on le prenne au sérieux c’est-à-dire au mot.

Accélérer quoi, exactement ? Car pendant que le discours promet l’élan, les faits racontent un État toujours rattrapé par ses arriérés et sa dette, contraint de rouvrir les discussions avec le FMI et ses partenaires de la Cémac. Un pays pétrolier qui peine à honorer les rémunérations de ses soignants n’a pas un problème de communication : il a un problème de gouvernance des finances publiques. Aucune recommandation de Djambala, aussi utile soit-elle sur le papier électoral, ne soignera cela.

Il ne s’agit pas de nier le droit de chaque formation à préparer les prochaines échéances. La démocratie, même contrainte, vit de ces batailles d’appareils. Mais un gouvernement se juge d’abord à sa capacité à tenir ses promesses les plus concrètes. Le vrai test des mois qui viennent ne sera pas le nombre de nouveaux partis « réformateurs » ni la longueur des motions de soutien. Ce sera une ligne sur un bulletin de paie versé à l’heure, un bloc opératoire qui fonctionne, une dette qui cesse d’étrangler l’action publique.

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