Édito : Payer les blouses avant de compter les barils
Il y a des semaines où l’actualité écrit elle-même l’éditorial. À Brazzaville, deux images se sont télescopées. Dans l’une, le Parlement ratifie, en sessions extraordinaires, six avenants aux contrats de partage de production pétrolière : la mécanique bien huilée de la rente continue de tourner. Dans l’autre, des agents de santé, en grève depuis le 6 août, viennent expliquer aux députés qu’ils réclament, comme « minimum », le paiement de deux mois de salaire sur des arriérés qui atteindraient cinq mois dans certains hôpitaux.
Que l’on relise cette phrase : des soignants ne demandent pas d’augmentation, ni de prime, ni de plateau technique neuf. Ils demandent d’être payés pour un travail déjà accompli. Et l’État, qui trouve le temps parlementaire d’approuver des avenants pétroliers en quelques jours, répond par la bouche de son ministre des Finances qu’il « suit la situation » dans un « contexte de difficultés économiques ». Le mot est lâché, et il fait tache sur l’affiche du quinquennat de l’« accélération ».
Car c’est bien là que le discours officiel se heurte aux faits. On ne peut pas, la même semaine, célébrer la vitalité des recettes pétrolières et laisser filer cinq mois de salaires hospitaliers. Ce grand écart n’est pas qu’une question comptable : il touche à la parole de l’État. Quand un gouvernement honore ses partenaires contractuels plus scrupuleusement que ses propres soignants, il envoie un signal sur ses priorités réelles, quoi qu’en dise la communication.





