Édito : L’accélération, oui, mais vers quoi ?

Il y a dans le vocabulaire du pouvoir congolais une constante : le mouvement.

On ne gouverne plus, on « accélère ».

Le Cadre budgétaire présenté cette semaine par Anatole Collinet Makosso en est la parfaite illustration.

Trois années, des courbes qui montent, un PIB promis à 6,9 % dès 2027, des investissements en hausse, une dette qu’on jure de contenir sous la barre des 70 %. Sur le papier, tout accélère dans la bonne direction.

Reste la question que le tableau de chiffres n’aborde jamais frontalement : accélérer vers quoi, et pour qui ?

Car le paradoxe est là, à peine dissimulé.

Le gouvernement fait de la « réduction de la dépendance aux ressources pétrolières » un objectif central, tout en bâtissant sa prévision de croissance sur le rebond du pétrole et du gaz. On promet la diversification en s’appuyant sur ce dont on veut se libérer. Ce n’est pas malhonnête c’est la contradiction structurelle d’une économie de rente qui n’a pas encore trouvé d’autre moteur.

Mais nommer cette contradiction, c’est refuser de prendre pour argent comptant un optimisme dont les Congolais ont appris, mandat après mandat, à se méfier.

Les chiffres réels invitent d’ailleurs à la prudence.

Une dette publique au-dessus de 9 400 milliards de FCFA à la fin mai, une trésorerie encore alimentée par l’emprunt, un solde primaire hors pétrole qui reste déficitaire : la trajectoire vertueuse existe surtout dans les projections.

Le pari du gouvernement désendetter sans étouffer l’investissement, soutenir le social sans creuser le déficit n’est pas absurde, mais il tient à une hypothèse fragile : que les cours des hydrocarbures restent porteurs et que la discipline promise soit tenue.

Deux « si » qui ont, par le passé, souvent trébuché.

Il faut porter au crédit du pouvoir la mise en scène du contrôle : 28 recommandations parlementaires, une journée de sensibilisation anti-corruption au cœur de l’hémicycle.

Mais dans un Parlement où le PCT et ses alliés ne rencontrent aucune contradiction réelle, ces gestes ressemblent davantage à un signal adressé au FMI et aux bailleurs qu’à un véritable contre-pouvoir.

La transparence proclamée ne vaudra que par ses preuves : exécution vérifiable des investissements, marchés publics ouverts, redevabilité effective.

Alors oui, que le pays se dote d’un cap budgétaire pluriannuel est une bonne chose.

Mais un budget n’est pas une prophétie. La seule accélération qui comptera vraiment, c’est celle que les Congolais mesureront dans leur quotidien : un emploi, de l’eau au robinet, du courant qui ne s’éteint pas, une école qui fonctionne.

Le reste, pour l’instant, reste une promesse joliment chiffrée.

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