Édito : L’accélération à l’épreuve d’un Conseil qui traîne
Il y a quelque chose de révélateur dans un détail que Brazzaville aurait préféré taire.
À peine le président a-t-il exigé, dans son message du 14 août, une exécution « stricte » des réformes et une numérisation « immédiate » de l’État, que le premier Conseil des ministres de l’après-indépendance s’est trouvé reporté de vingt-quatre heures.
Un contretemps mineur, dira-t-on. Sauf qu’en politique, les symboles pèsent parfois plus lourd que les décrets. Quand on fait de la vitesse un programme, chaque lenteur devient un aveu.
Le quinquennat qui s’ouvre a un nom, « Accélération », et une grammaire : rigueur, digitalisation, « fin de l’impunité financière ». Sur le papier, le diagnostic est juste.
Les régies financières congolaises; impôts, douanes, domaine foncier, ports sont depuis longtemps des passoires, et vouloir sécuriser les flux de trésorerie par le numérique est de bonne politique.
Mais ce diagnostic, le pouvoir le pose sur un appareil d’État qu’il façonne depuis quatre décennies. On ne peut pas, le même jour, dénoncer les « lourdeurs bureaucratiques » et présenter leur correction comme une révélation.
La lourdeur a un nom, une histoire, des responsables.
Le décor budgétaire rend l’exercice encore plus vertigineux. Une dette publique à 98 % du PIB à la fin mai, un budget révisé voté dans l’urgence, une économie toujours suspendue aux cours du brut : voilà le terrain réel sur lequel doit s’exécuter la « marche accélérée ».
Dans ces conditions, l’Accélération ne peut pas être financée par la dette; il n’en reste plus guère mais seulement par la capacité de l’État à récupérer ce qui lui échappe. C’est-à-dire par sa propre réforme.
Le pouvoir se fixe ainsi un juge implacable : lui-même.
Reste la question que le discours officiel esquive. Accélérer vers quoi, et pour qui ?
Numériser les douanes ne nourrit personne si les gains ne se traduisent ni en écoles, ni en hôpitaux, ni en emplois.
Le président a lui-même fixé le rendez-vous : le budget 2027, ce « test cardinal ». Il sera jugé non aux annonces, mais aux lignes. D’ici là, on retiendra que la première mesure concrète de la semaine n’a pas concerné l’économie promise, mais l’armée; des galons distribués, deux dégradations prononcées.
La souveraineté d’abord, l’accélération ensuite. L’ordre des priorités, lui, n’a pas changé de rythme.



