Quand l’appareil s’affaire, où sont les urgences ?

Il y a des semaines qui en disent long par ce qu’elles ne disent pas.

À Brazzaville, ces derniers jours, le pouvoir a soigné sa vitrine. Denis Sassou NGuesso, président en exercice de la CEMAC, a reçu le patron de la Commission communautaire venu lui présenter une belle feuille de route d’intégration régionale.

Un nouveau ministère des Affaires politiques, confié au vétéran Pierre Oba, s’est présenté au Sénat. Et le Club 2002-PUR, allié fidèle, a continué de tisser sa toile département par département, en prévision de son congrès de 2027.

L’appareil s’affaire, méthodique, huilé, occupé de lui-même.

Rien à redire sur la forme : un État a le droit de faire vivre ses institutions et ses partis.

Mais l’éditorialiste a le devoir de regarder ce que cette agitation laisse dans l’ombre.

Car pendant que la majorité peaufine son organigramme, les vrais dossiers attendent.

La loi de finances rectificative a rehaussé le budget à 2 778 milliards de FCFA, mais le FMI, dans son rapport d’avril, parlait de « progrès durement acquis et mis à l’épreuve »; formule diplomatique pour dire que rien n’est gagné.

La dette demeure la ligne de fracture que l’opposition, notamment l’ARD de Mathias Dzon, ne cesse de pointer.

Et voici qu’au détour d’une audience protocolaire, le président de la Commission de la CEMAC évoque, presque incidemment, « la pandémie d’Ebola » et le déblocage de financements d’urgence pour la santé.

Un mot lâché en marge d’une poignée de main, là où l’on attendrait une parole publique claire des autorités congolaises.

C’est là que le bât blesse. Une menace sanitaire ne se gère pas en note de bas de page d’un communiqué diplomatique.

Une dette ne se dissout pas dans les cérémonies. Le quinquennat Accélération promettait, par son nom même, de la vitesse et des résultats. Pour l’instant, ce qui accélère, c’est la consolidation de l’appareil ; ce qui piétine, c’est la réponse aux fragilités que le pays porte depuis des années; dépendance pétrolière, endettement, services publics à bout de souffle.

On ne demande pas au pouvoir de renoncer à sa diplomatie ni à sa vie partisane. On lui demande de ne pas confondre l’activité avec l’action, ni le mouvement des institutions avec le progrès des Congolais.

Sur Ebola comme sur la dette, le pays a besoin d’une parole officielle, chiffrée, assumée. Le reste, aussi soigné soit-il, n’est que décor.

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