Édito — « Nourrir la nation », vraiment ?
Il y a quelque chose de presque trop parfait dans le thème choisi pour la deuxième Grande Foire agricole du Congo : « Nourrir la nation et honorer la patrie ».
Le président en personne s’est déplacé à Bambou-Mingali, 650 exposants, dix hectares, les quinze départements réunis, la Banque africaine de développement en renfort.
Sur le papier, l’image est impeccable : un pays qui reprend en main son assiette.
Sauf que l’image se fissure dès qu’on lit les reportages sur place.
Les Dépêches de Brazzaville, journal que l’on ne peut soupçonner d’hostilité au pouvoir, titrent noir sur blanc : « des produits locaux dans les stands, des surgelés dans les assiettes ».
La formule dit tout. On expose le manioc, l’igname et la volaille du pays sous les chapiteaux ; mais ce que mangent réellement les Congolais, au quotidien, continue d’arriver congelé, par conteneurs, depuis l’étranger.
La foire célèbre un potentiel ; elle ne comble pas encore la dépendance qu’elle prétend combattre.
Ce décalage n’est pas un détail de communication, c’est le cœur du problème économique congolais.
Un pays qui affiche une dette publique proche de 96 % de son PIB, classé en surendettement, arrimé au pétrole et sous l’œil du FMI, ne peut pas se payer indéfiniment le luxe de financer ses importations alimentaires.
La souveraineté alimentaire n’est pas un slogan de tribune : c’est une politique de long terme faite de routes rurales, de chaînes du froid, de crédit aux producteurs et de débouchés stables.
Une foire de quinze jours peut en être la vitrine ; elle ne peut pas en tenir lieu.
Alors, oui, saluons l’intention et le signal envoyé au monde rural.
Mais l’honnêteté commande de mesurer les promesses à l’aune des livraisons.
La vraie « accélération », celle qui donnerait tout son sens au quinquennat en cours, ne se comptera pas en nombre d’exposants ni en discours inauguraux.
Elle se lira le jour où les surgelés importés auront cédé la place, dans les marmites, aux produits vantés sous les stands.
D’ici là, « nourrir la nation » reste une ambition juste et une promesse à tenir.




