Édito : Le Congo promet la rigueur après s’être corrigé lui-même

Il y a, dans le calendrier politique congolais, des télescopages qui valent tous les discours. Fin juin, le gouvernement faisait adopter une loi de finances rectificative; l’aveu, poli mais net, que le budget 2026 avait été bâti sur des hypothèses qu’il fallait revoir.

Six semaines plus tard, le 6 août, le même gouvernement se présente devant le Parlement pour promettre, sur 2027-2029, « la sincérité budgétaire », « la soutenabilité financière » et « le désendettement public ».

On corrige d’une main ce qu’on promet de l’autre. Le Congolais qui suit ces séances a le droit de demander :

pourquoi croire la prévision de demain quand celle d’hier vient d’être rectifiée ?

Soyons justes : le Cadre budgétaire à moyen terme présenté par Anatole Collinet Makosso ne manque pas de vertus affichées. Réduire la dépendance au pétrole, contenir la dette sous le seuil CEMAC de 70 % du PIB, faire du hors-pétrole le moteur de la croissance; voilà exactement les bons objectifs pour un pays qui paie depuis dix ans le prix de sa mono-dépendance.

Le problème n’est pas le cap. Il est dans la pente.

Car les chiffres, eux, disent la difficulté. Le gouvernement table sur une croissance de 6,9 % dès 2027, portée par un secteur hors pétrole qui grimperait de 4,8 % à 7 % en trois ans.

C’est une accélération spectaculaire pour une économie dont la diversification tient encore, pour l’essentiel, à des foires agricoles et à des appels à la diaspora.

Dans le même document, l’exécutif reconnaît que le solde primaire hors pétrole restera déficitaire, autour de -3,8 % du PIB. Traduction : sans le pétrole, l’État continue de dépenser plus qu’il ne gagne.

La rente qu’on promet de quitter reste, pour l’heure, ce qui fait tenir les comptes.

« Accélérer la marche vers le développement » : le slogan est mobilisateur.

Mais un slogan n’est pas une trajectoire budgétaire, et une projection n’est pas un résultat.

Le vrai test ne sera pas dans les tableaux présentés au Sénat cet été ; il sera dans les taux d’exécution du budget, dans le niveau réel de la dette fin 2027, dans la capacité du hors-pétrole à créer autre chose que des inaugurations.

Le gouvernement a posé lui-même les critères sur lesquels on pourra le juger.

Reste à espérer qu’il n’aura pas, l’an prochain encore, à se corriger avant de nous promettre la rigueur d’après.

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