Édito : Un palais neuf, des pensions en retard

Il y a des comptes rendus qui, sans le vouloir, disent tout d’un pays. Celui du Conseil des ministres du 18 août 2026 en fait partie. On y apprend, dans le même document, que la Chine financera « intégralement, sous forme de don » un nouveau Palais présidentiel à Brazzaville, et que le gouvernement vient d’« engager des mesures » pour apurer les arriérés de pensions. Deux phrases, deux mondes.

Que le Congo cultive son partenariat avec Pékin, personne ne le lui reprochera : c’est une realpolitik que pratiquent aujourd’hui la plupart des capitales africaines.

Que ce partenariat se traduise par des corridors, la réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan ou une usine d’engrais à Pointe-Noire, tant mieux; ce sont des projets qui, sur le papier, créent de la valeur. Mais un palais présidentiel ?

À l’heure où la dette publique frôle 97 % du PIB, où le pays frappe de nouveau à la porte du FMI, et où des retraités attendent des pensions qu’on leur promet depuis des années, la symbolique est désastreuse. On ne demande pas à un État surendetté de renoncer à tout ; on lui demande de choisir ses priorités, et de les assumer devant ses citoyens.

Le pouvoir répondra, à juste titre, qu’un don ne pèse pas sur le budget. C’est vrai comptablement, faux politiquement. Car la vraie question n’est pas de savoir qui paie les murs, mais ce que ces murs racontent d’un projet de société baptisé « Accélérons la marche vers le développement ».

Accélérer vers quoi, et pour qui ? Le même Conseil verrouille le baril de référence à 90 dollars pour rassurer les investisseurs pétroliers, preuve que l’économie reste suspendue à l’or noir, malgré des années de discours sur la diversification.

Le même Conseil multiplie les vice-présidences dans les forums continentaux; ZLECAF, artisanat, économie sociale pendant que l’opposition, elle, a disparu du radar. La diplomatie du prestige tourne à plein régime ; la démocratie du quotidien, beaucoup moins.

Le chef de l’État a parlé d’« obligation de résultat ». Prenons-le au mot. Le premier résultat attendu d’un cinquième mandat, ce n’est pas un palais, ni une conférence ministérielle de plus.

C’est un retraité payé à l’heure, un fonctionnaire sans arriérés, un budget 2027 qui met le social avant la vitrine. Le reste, aussi doré soit-il, ne fera pas oublier l’essentiel : un pays ne se mesure pas à la beauté de ses palais, mais à la dignité qu’il garantit aux plus modestes des siens.

Restez informé avec Afrikili

Inscrivez-vous pour recevoir nos éditos, débats et analyses directement dans votre boîte mail.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Partagez

Laissez votre commentaire, sans injures. Merci !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *