Édito : Aubeville, ou la discipline en guise d’avenir

Il y a quelque chose de troublant dans l’image. Un chef d’État de retour du recueillement sur les tombes des siens, qui se rend dans la Bouenza pour livrer à la jeunesse congolaise un message tenant en un mot : discipline.

Le Centre d’Aubeville, présenté comme un outil de « seconde chance », doit accueillir à terme 400 jeunes en décrochage ou en conflit avec la loi, formés pendant quelques mois à la menuiserie, à la soudure ou à la boulangerie, sous un encadrement que le président lui-même a voulu « d’inspiration militaire ».

L’intention affichée est louable. Le sous-texte l’est moins.

Car de quoi souffre la jeunesse congolaise ? Pas d’un déficit de discipline.

D’un déficit de perspectives. On ne redresse pas une génération privée d’emplois en lui apprenant à marcher au pas ; on la redresse en lui ouvrant un marché du travail. Or c’est là que le bât blesse.

Le même État qui inaugure un centre pour 129 jeunes laisse filer une dette publique à 98 % du PIB, près de 9 500 milliards de FCFA fin mai.

Dans le même temps, à Brazzaville, on organise des conférences pour convaincre l’opinion que « l’endettement est un levier ». Levier vers quoi ?

Voilà la question que personne, du côté du pouvoir, ne pose vraiment.

Le problème n’est pas le principe de la dette. Un pays qui s’industrialise emprunte, c’est vrai, et l’économiste invité au « Café du savoir » a raison sur ce point.

Le problème, c’est le bilan. Après des décennies au pouvoir et des cycles d’endettement successifs, où sont les usines, les emplois, les filières qui devaient absorber cette jeunesse que l’on envoie aujourd’hui apprendre un métier dans un centre encadré comme une caserne ?

Un centre de réinsertion est l’aveu discret d’un échec plus large : celui d’une économie de rente qui n’a pas su créer de travail pour les siens.

Que le Congo forme ses jeunes, tant mieux. Mais qu’on ne présente pas une vitrine comme une solution.

La véritable réinsertion sociale ne se joue pas dans treize hectares de la Bouenza ; elle se joue dans la capacité de l’État à transformer sa dette et son pétrole en emplois durables. Tant que ce pari-là ne sera pas tenu, la discipline restera ce qu’elle est ici : un ordre donné à la jeunesse de patienter.

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