Édito : L’accélération, vue depuis la file d’attente

Il y a quelque chose de révélateur dans la scène qui s’est jouée au Sénat congolais le 7 août.

Ce ne sont pas des opposants qui ont mis le gouvernement face à ses contradictions, mais des sénateurs de la majorité.

Et leurs questions, une à une, dessinent en négatif le quotidien réel des Congolais : le point d’indice des retraités qu’on attend toujours de voir harmonisé à 300 francs, la crise énergétique qui n’en finit pas, les passeports qu’on n’obtient qu’au prix d’un parcours du combattant, le carburant qui manque dans un pays qui vit du pétrole.

Quand la chambre haute, acquise au régime, égrène cette liste, c’est que le malaise a cessé d’être une rumeur d’opposition pour devenir un fait administratif.

Le contraste avec le récit officiel est saisissant.

Quelques jours plus tôt, le 6 août, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso présentait devant le Parlement la trajectoire budgétaire 2027-2029, déclinaison fidèle des « dix accents prioritaires » de l’« accélération de la marche vers le développement », le slogan sous lequel Denis Sassou NGuesso a été réélu en mars.

Le vocabulaire est celui de l’élan, de la vitesse, du mouvement.

La réalité que décrivent les sénateurs est celle de l’attente : celle du retraité qui compte ses francs, de l’usager qui patiente pour un document, de l’automobiliste devant une station à sec.

Ce grand écart n’est pas qu’affaire de communication. Il repose sur une arithmétique têtue. À fin mai, la dette publique franchissait les 9 400 milliards de francs CFA.

Le budget 2026 a dû être révisé à la hausse en cours d’année.

La croissance de 5,2 % que projette la BEAC reste suspendue au pétrole et au gaz — c’est-à-dire à la même rente dont les ruptures d’approvisionnement font l’objet des interpellations parlementaires.

Accélérer coûte cher ; honorer les promesses sociales aussi. Et l’État congolais doit faire les deux à la fois, avec une marge de manœuvre étroite.

Pendant ce temps, la présidence multiplie les gestes de dimension : le tête-à-tête répété avec Félix Tshisekedi, le pèlerinage familial à Oyo, la mise en scène d’une diplomatie apaisée sur les deux rives du fleuve.

Rien à redire sur le fond; le dialogue entre Brazzaville et Kinshasa vaut mieux que la défiance.

Mais la politique étrangère ne remplit pas les caisses de retraite. Le vrai test du quinquennat ne se jouera pas dans les salons présidentiels ni dans les slogans budgétaires.

Il se jouera là où les sénateurs, pour une fois, ont pointé le doigt : dans la file d’attente.

C’est là que l’« accélération » sera jugée — non sur sa vitesse affichée, mais sur ce qu’elle change, ou non, pour ceux qui attendent.

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